Intervention de M. Mabassa Fall - Représentant permanent de la FIDH auprès de l'Union africaine

Madame la Présidente, Mesdames et messieurs les Commissaires,

En cette année 2011, où de nombreux scrutins électoraux doivent être organisés sur le continent africain, les organisations de la campagne "l’Afrique pour les droits des femmes : ratifier et respecter!", menée aujourd'hui par une centaine d'organisations présentes sur tout le continent, lancent un appel à la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples pour qu'elle fasse avancer l'égalité des droits entre les hommes et les femmes en matière de participation politique.

Lors de l'adoption par l'Union africaine de la Déclaration solennelle sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique, à Addis Abeba en 2004, les Etats ont réaffirmé « leur engagement à poursuivre, à intensifier et à accélérer leurs efforts pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux. » La Déclaration appelle ainsi les Etats à « promouvoir et étendre le principe de la parité entre les hommes et les femmes aux communautés économiques régionales, et aux niveaux national et local, en collaboration avec les partis politiques et les parlements nationaux dans nos pays » . De même, le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des femmes en Afrique, aujourd'hui ratifié par la majorité des Etats du continent, oblige les Etats parties à prendre « des actions positives spécifiques pour promouvoir la participation paritaire des femmes dans la vie politique de leurs pays ».

Certains États africains ont d'ores et déjà pris des initiatives pour se conformer à ces engagements. À l'échelle internationale, seul le Rwanda peut se prévaloir d'une représentation paritaire hommes-femmes au sein de son parlement. L'Afrique du sud, l'Angola, le Mozambique, et la Tanzanie s'y rapprochent, avec une représentation de femmes aux parlements au dessus du tiers. En outre, des avancées ont été enregistrées depuis le lancement de notre campagne, notamment au Sénégal, où, en mai 2010, l’Assemblée nationale a adopté une loi sur la parité homme-femme dans les fonctions électives. Ainsi, lors des prochaines élections nationales et locales au Sénégal, femmes et hommes devront être représentés à part égale sur les listes de candidatures, faute de quoi ces listes pourront être invalidées. Cette décision a été obtenue grâce à un travail de longue haleine des organisations de la société civile sénégalaise. Nous les en félicitons.

En Tunisie, la Haute instance chargée de préparer l’élection de l’Assemblée constituante le 24 juillet prochain a voté à une très large majorité en faveur de la parité sur les listes électorales. Ce vote prévoit en effet que toutes les listes doivent impérativement être paritaires et faire figurer en alternance des candidats hommes et femmes sous peine d'être déclarées invalides. Ainsi, les femmes tunisiennes, qui ont pleinement participé à la révolution, participeront sur le même pied d’égalité à forger l’avenir politique de la Tunisie. Nous en sommes fiers.

Madame la Présidente, si ces pays sont aujourd’hui à l’avant garde au niveau international en ce qui concerne la participation des femmes à la vie politique, force est de constater que sur l'ensemble du continent la représentation des femmes dans les structures de prise de décisions politiques, demeure terriblement faible. Les parlements restent en effet fortement dominés par les hommes et la moyenne continentale, qui s'élève à 19.2%, reste encore en dessous de la moyenne mondiale pourtant elle-même très basse. Nous sommes bien loin de la parité.

Madame la Présidente, alors que près de 20 scrutins doivent être organisés cette année en Afrique, la campagne « L'Afrique pour les droits des femmes » lance un appel à tous les États membres de l'Union africaine pour qu'ils adoptent des lois sur la parité hommes-femmes au sein des instances politiques, ainsi que des mesures affirmatives pour favoriser la pleine participation politique des femmes à tous les niveaux, conformément aux dispositions de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et des autres instruments régionaux et internationaux pertinents.

Notre Campagne appelle à la mise en place de mesures concrètes, y compris législatives, afin de garantir, conformément au Protocole de Maputo : • La participation des femmes à toutes les élections sans aucune discrimination ; • La représentation des femmes en parité avec les hommes et à tous les niveaux, dans les processus électoraux ; et • Une représentation et une participation accrues, significatives et efficaces des femmes à tous les niveaux de la prise des décisions.

Il faut le souligner Madame la Présidente, il n'y a pas de démocratie sans égalité. Il n'y a pas de démocratie sans la participation pleine et entière de la moitié de la population. La Campagne continuera à porter l'ensemble des recommandations identifiées dans son Cahier d'exigences auprès des autorités compétentes aux niveaux national, régional et international, en les appelant à démontrer la volonté politique nécessaire pour assurer le respect des droits des femmes