Cahier d'Exigences: Burundi
By FIDH on Friday 5 March 2010, 11:55 - RATIFY! / RATIFIER! - Permalink
RATIFIER ! Si le Burundi a ratifié la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
(CEDAW), l’Etat n’a toujours pas ratifié le Protocole à la Charte africaine des
droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique
(Protocole de Maputo), ni le Protocole facultatif à la CEDAW.
RESPECTER ! La Coalition de la campagne demeure
particulièrement préoccupée par: la persistance de dispositions législatives
discriminatoires à l’égard des femmes ; le vide juridique dans le domaine
des successions, des régimes matrimoniaux et des libéralités; la perpétration
de violences sexuelles et de violences domestiques en quasi totale impunité;
l’accès limité des femmes à l’éducation, au marché du travail et aux soins de
santé.
QUELQUES AVANCEES...
La Coalition de la campagne reconnaît plusieurs développements positifs
relatifs aux droits des femmes au Burundi au cours des dernières années, tels
que :
- L’adoption en mars 2005, d’une Constitution garantissant le principe
d’égalité entre femmes et hommes (art. 13).
- L’adoption, en avril 2009, du nouveau Code pénal renforçant la répression
des violences sexuelles, des violences domestiques et du harcèlement sexuel
(art. 560) et interdisant la polygamie (art. 530).
- La Constitution de 2005, prévoyant un minimum de 30 % de femmes au sein du
gouvernement (art. 129), de l’Assemblée nationale (art. 164) et du Sénat (art.
180). La nouvelle loi électorale de 2009 prévoit que le Conseil communal doit
être composé de 15 membres dont au moins 30 % de femmes (art. 181). Aucune
mesure similaire n’a été adoptée au niveau provincial.
MAIS LES DISCRIMINATIONS ET LES VIOLENCES
PERSISTENT
Dans la Loi
Au Burundi, la persistance de violations des droits humains des femmes est
favorisée par le maintien de législations discriminatoires. Par
exemple:
Le code pénal : L’interruption volontaire de grossesse
est criminalisée (art. 510).
Le code des personnes et de la famille : L’article 88
impose aux femmes un âge minimal pour contracter le mariage différent de celui
des hommes et l’article 122 établit que l’homme représente le chef de
famille.
Le code de la nationalité interdit à la femme burundaise
mariée à un étranger de lui transmettre sa nationalité, ou de la transmettre à
ses enfants. Le droit coutumier reconnu par les autorités burundaises a des
répercussions néfastes sur les droits des femmes, notamment en matière de
succession, de régimes matrimoniaux et de libéralités. Un projet de Code de la
famille garantissant l’égalité de droit et de fait des femmes sur ces
questions, en particulier dans les zones rurales reste depuis 2008 à l’étude
par le gouvernement.
Dans la Pratique
Violences
Malgré l’adoption du nouveau Code pénal répressif, les violences sexuelles
demeu- rent très répandues. De nombreux obstacles entravent la capacité ou la
volonté des femmes à porter plainte : procédures judiciaires longues et
coûteuses, crainte de la stigmatisation et des actes de représailles,
corruption généralisée, etc.
Selon le Bureau intégré des Nations unies au Burundi (BINUB), en 2009 la
très grande majorité des cas de violences sexuelles ont été attribués à des
civils (entre 80 et 100 %) et les mineurs restaient les principales victimes
(entre 67 et 72 % des cas). Des enseignants auraient par ailleurs été suspectés
dans 58,8 % des cas de violences sexuelles attribuées à des agents de l’Etat,
suivi par les membres de la Police nationale burundaise (PNB) dans 17,6 % des
cas. La perpétration de violences sexuelles par les agents de police a
également été déplorée par l’expert indépendant des Nations unies sur le
Burundi. Selon son dernier rapport (2008), certaines de ces violences seraient
commises dans les locaux mêmes de la police.
Obstacles à l’accès à l’éducation et à l’emploi
90 % de la population burundaise vit en milieu rural et la très grande
majorité vit dans une situation économique particulièrement préoccupante. Les
femmes sont rendues d’autant plus vulnérables à ces difficultés d’ordre
économique que persistent des comportements patriarcaux et stéréotypes
fortement ancrés dans la société quant à leur rôle et leurs responsabilités. La
pauvreté généralisée des femmes, en particulier des femmes rurales et des
femmes âgées limite leur accès suffisant à l’éducation, aux soins de santé, aux
services de sécurité sociale, aux ressources foncières et bancaires.
''La pauvreté se féminise au Burundi. La lutte contre la féminisation de la
pauvreté doit être aujourd’hui au centre des débats pour que les politiques et
les initiatives du genre annoncées pour relancer l’économie du pays ne passent
pas à côté de la femme”. DUSHIREHAMWE, Veilleuse n°7''
Malgré l’instauration de la gratuité de l’enseignement primaire pour tous en
2005, il existe une forte disparité entre garçons et filles en matière
d’éducation, notamment dans l’enseignement secondaire et supérieur. Sur le
marché de l’emploi, les femmes font l’objet d’une discrimination généralisée en
terme de sécurité de l’emploi, de paiement des congés et des allocations de
maternité. Le taux de chômage élevé et la concentration des femmes dans le
secteur informel contribue par ailleurs à accroître leur
vulnérabilité.
Obstacles à l’accès à la santé
Malgré la volonté annoncée par le gouvernement en 2006 d’instaurer la
gratuité des soins de santé pour les femmes, ces dernières ont très peu accès à
des services de santé adéquats, en particulier à l’information sur les soins
prénataux et postnataux et la planification familiale. Le taux de mortalité
maternelle est élevé, notamment en raison du manque de soins obstétricaux, du
nombre important de grossesses trop précoces ou encore de la pratique
d’avortements non médicalisés. En outre les centres de développement familial
manquent souvent de personnel suffisant et qualifié. Selon l’UNICEF, à la fin
2007, le taux d’accouchements assistés par du personnel qualifié s’élevait à
seulement 41,1 %.
LA COALITION DE LA CAMPAGNE DEMANDE AUX AUTORITES DU BURUNDI
DE:
- Garantir la poursuite et la condamnation des auteurs de violences
sexuelles, de violences domestiques et de harcèlement sexuel,
conformément aux dispositions du nouveau Code pénal, notamment en mettant en
place des formations des magistrats et forces de défense et de sécurité en
armonisant le Code de procédure pénale et en adoptant des mesures permettant de
garantir l’indépendance de la justice.
- Sensibiliser la population aux dispositions du nouveau code
pénal, en particulier celles relatives à la répression des violences
sexuelles, des violences domestiques et du harcèlement sexuel.
- Favoriser la participation politique des femmes en ne
considérant plus les quotas de 30 % comme un plafond; en élargissant cette
mesure à la désignation des gouverneurs de provinces; et en encourageant la
participation des femmes au sein des différentes administrations
locales.
- Améliorer l’accès des femmes à la planification familiale et à
l’utilisation de moyens de contraception ; et légaliser
l’avortement.
- Harmoniser l’âge minimal du mariage des femmes et des
hommes (article 88) ; supprimer le statut de chef de famille de
l’homme (art. 122).
- Garantir l’égalité de fait des femmes en matière de
succession, de régimes matrimoniaux et de libéralités, veiller à son
application effective, en particulier dans les zones rurales ;
sensibiliser et informer la population sur les dispositions de cette nouvelle
loi.
- Rendre conforme le code de la nationalité avec l’article 9 de la
Convention CEDAW.
- Garantir un accès égal entre hommes et femmes à tous les niveaux
d’éducation et à l’emploi et prendre toutes les mesures nécessaires pour
éliminer les comportements patriarcaux et stéréotypes fortement ancrés dans la
société quant au rôle et aux responsabilités des femmes.
- Améliorer l’accès des filles et des femmes aux services et soins de
santé notamment en intensifiant les efforts visant à améliorer
l’ensemble de l’infrastructure sanitaire, en améliorant l’accès aux services
prénataux, postnataux et obstétricaux et doter les centres de développement
familial de ressources adéquates et de personnels qualifiés.
- Se conformer aux engagements pris lors de l’examen périodique
universel du conseil des droits de l’homme des nations unies, en
particulier ceux relatifs à l’intensification des efforts déployés pour mettre
en œuvre les recommandations du Comité CEDAW, l’adoption d’une législation
garantissant l’égalité entre hommes et femmes en particulier dans le domaine du
droit de la famille et des successions, l’adoption des mesures nécessaires pour
modifier le Code des personnes et de la famille, l’intensification des travaux
sur l’égalité des sexes, notamment en ce qui concerne les droits des femmes à
l’héritage et à la propriété foncière.
- Ratifier le protocole de maputo et le protocole facultatif à la
CEDAW.
- Mettre en œuvre l’ensemble des recommandations émises par le comité
CEDAW en avril 2008.
PRINCIPALES SOURCES
- Point focal : Ligue ITEKA
- Dushirehamwe, www.dushirehamwe.org
- Centre de paix pour les femmes (CPF), Interview de Perpetue Kanyange,
présidente du CPF, www.africa4womensrights.org
- Recommandations du Comité CEDAW, avril 2008
- Bureau intégré des Nations unies au Burundi (BINUB)
- Rapport intérimaire de l’Expert indépendant des Nations unies chargé
d’examiner la situation des droits de l’Homme au Burundi, août 2008
- UNICEF, www.unicef.org
LE POINT FOCAL DE LA CAMPAGNE AU BURUNDI
Ligue ITEKA
La Ligue ITEKA a été créée en 1991. Sa vision est un Burundi unitaire et
démocratique où règnent la paix et la sécurité reposant sur l’Etat de droit. Sa
mission est de défendre, promouvoir les droits de l’Homme et d’en prévenir les
violations. La Ligue ITEKA dispose de sections dans les 17 provinces que compte
le pays. Elle a 8 commissions spécialisées dont la Commission femmes et
enfants.www.ligue-iteka.africa-web.org
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