Coumba Fary Diouf est membre active de la SWAA (Society for
Women and Aids in Africa) depuis 2009. Chargée de l'accompagnement des projets,
elle assiste les porteurs de projet dans leurs demandes de financement et les
écritures de projet. Parallèlement, elle anime les événements de l'association,
tels que les pôles et les repas communautaires, et plus récemment, la
projection de films sur la thématique des violences faites aux femmes, à
l'occasion des 16
jours d'activisme contre les violences de genre.
Coumba Fary Diouf est une femme très active dans la défense des
droits des femmes : elle monte en 1994 l'association Femmes Volontaires
pour l'Alphabétisation (FVPA), dont elle est Présidente, qui forme femmes et
enfants des rues, en partenariat avec le Comité Consultatif de la femme du
Ministère de la famille. Elle anime par ailleurs régulièrement des émissions
sur Manoré Fm, la radio des femmes, où elle parle d'entreprenariat des femmes,
et surtout d'éducation des femmes.
Que signifie être un défenseur des droits des femmes dans votre
pays?
Être un défenseur des droits des femmes, c'est être engagé à défendre la
cause des femmes. En Afrique, les femmes connaissent toutes leurs devoirs, mais
presque jamais leurs droits. Elle suivent la culture qu'on leur apprend, à
savoir que « Ce que mari veut, Dieu veut », et donc que les volontés
des hommes sont incontestables. Elles ne s'opposent ni aux mariages forcés, ni
aux violences et aux viols. Notre rôle est de leur dire qu'il y a des limites,
qu'elles doivent savoir dire Stop ! Les femmes ont leurs droits, que ce
soit au travail, à la BONNE terre. Il faut leur donner la force de se
lever !
On peut donc dire que vous faîtes face au poids de la culture et
des coûtumes? Comment les combiner dans votre lutte?
Oui, bien sûr que la culture est un obstacle. Tous les leaders, les chefs
religieux, les chefs de quartiers et les responsables de famille sont
concernés, C'est pourquoi je pense qu'il faut faire des formations pour
éveiller les femmes, mais aussi les hommes. Il faut les amener à voir que les
femmes ont leur place et leurs droits.
Quel a été le moment le plus gratifiant de votre combat pour les
droits des femmes?
J'ai eu un parcours et un milieu familial très difficiles. J'ai beaucoup
souffert, tout comme mon entourage. J'ai donc décidé d'accéder à l'éducation
pour pouvoir m'exprimer correctement. Je me suis dit que je devais me battre,
pas seulement pour moi, mais pour mes amies et pour la cause des femmes. C'est
alors que je me suis inscrite au Comité des droits des femmes. A mes débuts,
j'ai aidé une femme mariée qui travaillait. Son mari avait des terres, mais pas
d'argent pour y construire. Il a donc fait démissionner sa femme pour qu'elle
puisse l'y aider. Seulement, une fois la construction terminée, il a décidé de
se marier avec une autre femme et de chasser cette première femme. Cette femme
est venue me voir et on s'est BATTUES. Je me suis battue, j'ai mobilisé le
comité consultatif, j'ai mobilisé les femmes. Nous nous sommes battues sans
relâche et nous avons GAGNE, le juge a tranché en notre faveur. C'était mon
premier combat et je l'ai gagné.
Quel a été celui qui vous a le plus déçu?
Avant de fonder la FVPA, j'étais membre d'une association défendant les
femmes, AMAPA. L'association était très bien partie, nous avions quelques
classes d'alphabétisation, et beaucoup de femmes étaient impliquées. Un jour,
les femmes se sont retournées contre moi. En fait, les hommes étaient derrière
tout ça : ils les avaient payées, et elles ne m'ont plus défendue. J'ai
donc quitté l'association avec un goût amer. C'est à partir de là que j'ai
décidé de mettre en place la FVPA. Face à la corruption, notre meilleure arme
est l'éducation et l'alphabétisation.
Quels sont selon vous les impacts de la CEDEF et du Protocole à
la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples en Afrique, sur la
discrimination et la violence contre les femmes?
La CEDEF a eu des impacts positifs sur les femmes ici. Auparavant, les
femmes n'osaient pas dénoncer ce qu'elles subissaient. Les victimes de viol,
les femmes battues n'osaient pas se montrer. Maintenant elles ont moins peur,
elles osent parler, et se sentent plus protégées et suivies. Par exemple, elles
appellent à la radio pour être écoutées. C'est un grand progrès.
Qu'attendez-vous de la campagne « L'Afrique pour les
droits des femmes – Ratifiez et Respectez ! »?
Nous attendons de cette campagne qu'elle nous appuie au niveau de notre
assocation. Nous avons beaucoup de progrès à faire, dans l'éducation des hommes
en plus de celle des femmes. Nous avons beaucoup à faire contre la violence
homme-femme.
Quelles sont les priorités dans votre pays, quant au respect des
droits des femmes?
Les priorités sont d'appuyer certains droits : le droit à l'éducation
est le premier, suivi de près par le droit à la santé. Aujourd'hui, les femmes
ne peuvent aller se faire soigner qu'avec la permission de leur mari. J'ai
rencontré cette femme souffrante qui me disait qu'elle n'osait pas en parler à
mari. Nous devons leur expliquer que se soigner est un Droit. Comme priorités
nous avons aussi le droit à l'autorité parentale, et le droit à l'accès aux
terres. On peut en fait dire que la priorité est le droit à
l'épanouissement.
Si vous aviez une demande à faire à votre Président, quelle
serait-elle? Si vous pouviez changer UNE chose ( une loi, une pratique, une
politique ) pour les femmes dans votre pays, quelle
serait-elle?
Je demanderais à ce que les hommes se sacrifient pour donner aux femmes du
poids, pour qu'elle puisse s'exprimer, qu'elles connaissent et fassent
respecter leurs Droits, qu'elles se fassent enfin respecter.
Entretien réalisé par Claire Hoi