Africa for Women's Rights | L'afrique pour les droits des femmes

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Tag - droits des femmes

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Friday 6 May 2011

Intervention sur les droits des femmes - 49ème Session Ordinaire de la CADHP - Banjul, Gambie, avril-mai 2011

Intervention de M. Mabassa Fall - Représentant permanent de la FIDH auprès de l'Union africaine

Madame la Présidente, Mesdames et messieurs les Commissaires,

En cette année 2011, où de nombreux scrutins électoraux doivent être organisés sur le continent africain, les organisations de la campagne "l’Afrique pour les droits des femmes : ratifier et respecter!", menée aujourd'hui par une centaine d'organisations présentes sur tout le continent, lancent un appel à la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples pour qu'elle fasse avancer l'égalité des droits entre les hommes et les femmes en matière de participation politique.

Lors de l'adoption par l'Union africaine de la Déclaration solennelle sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique, à Addis Abeba en 2004, les Etats ont réaffirmé « leur engagement à poursuivre, à intensifier et à accélérer leurs efforts pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux. » La Déclaration appelle ainsi les Etats à « promouvoir et étendre le principe de la parité entre les hommes et les femmes aux communautés économiques régionales, et aux niveaux national et local, en collaboration avec les partis politiques et les parlements nationaux dans nos pays » . De même, le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits des femmes en Afrique, aujourd'hui ratifié par la majorité des Etats du continent, oblige les Etats parties à prendre « des actions positives spécifiques pour promouvoir la participation paritaire des femmes dans la vie politique de leurs pays ».

Certains États africains ont d'ores et déjà pris des initiatives pour se conformer à ces engagements. À l'échelle internationale, seul le Rwanda peut se prévaloir d'une représentation paritaire hommes-femmes au sein de son parlement. L'Afrique du sud, l'Angola, le Mozambique, et la Tanzanie s'y rapprochent, avec une représentation de femmes aux parlements au dessus du tiers. En outre, des avancées ont été enregistrées depuis le lancement de notre campagne, notamment au Sénégal, où, en mai 2010, l’Assemblée nationale a adopté une loi sur la parité homme-femme dans les fonctions électives. Ainsi, lors des prochaines élections nationales et locales au Sénégal, femmes et hommes devront être représentés à part égale sur les listes de candidatures, faute de quoi ces listes pourront être invalidées. Cette décision a été obtenue grâce à un travail de longue haleine des organisations de la société civile sénégalaise. Nous les en félicitons.

En Tunisie, la Haute instance chargée de préparer l’élection de l’Assemblée constituante le 24 juillet prochain a voté à une très large majorité en faveur de la parité sur les listes électorales. Ce vote prévoit en effet que toutes les listes doivent impérativement être paritaires et faire figurer en alternance des candidats hommes et femmes sous peine d'être déclarées invalides. Ainsi, les femmes tunisiennes, qui ont pleinement participé à la révolution, participeront sur le même pied d’égalité à forger l’avenir politique de la Tunisie. Nous en sommes fiers.

Madame la Présidente, si ces pays sont aujourd’hui à l’avant garde au niveau international en ce qui concerne la participation des femmes à la vie politique, force est de constater que sur l'ensemble du continent la représentation des femmes dans les structures de prise de décisions politiques, demeure terriblement faible. Les parlements restent en effet fortement dominés par les hommes et la moyenne continentale, qui s'élève à 19.2%, reste encore en dessous de la moyenne mondiale pourtant elle-même très basse. Nous sommes bien loin de la parité.

Madame la Présidente, alors que près de 20 scrutins doivent être organisés cette année en Afrique, la campagne « L'Afrique pour les droits des femmes » lance un appel à tous les États membres de l'Union africaine pour qu'ils adoptent des lois sur la parité hommes-femmes au sein des instances politiques, ainsi que des mesures affirmatives pour favoriser la pleine participation politique des femmes à tous les niveaux, conformément aux dispositions de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et des autres instruments régionaux et internationaux pertinents.

Notre Campagne appelle à la mise en place de mesures concrètes, y compris législatives, afin de garantir, conformément au Protocole de Maputo : • La participation des femmes à toutes les élections sans aucune discrimination ; • La représentation des femmes en parité avec les hommes et à tous les niveaux, dans les processus électoraux ; et • Une représentation et une participation accrues, significatives et efficaces des femmes à tous les niveaux de la prise des décisions.

Il faut le souligner Madame la Présidente, il n'y a pas de démocratie sans égalité. Il n'y a pas de démocratie sans la participation pleine et entière de la moitié de la population. La Campagne continuera à porter l'ensemble des recommandations identifiées dans son Cahier d'exigences auprès des autorités compétentes aux niveaux national, régional et international, en les appelant à démontrer la volonté politique nécessaire pour assurer le respect des droits des femmes

Wednesday 9 March 2011

Révolutions arabes : quels enjeux pour les femmes ?

ENGLISH VERSION

« Pas de démocratie sans égalité » : C'est le slogan lancé par les Tunisiennes pendant les manifestations. La démocratie avec une pleine égalité entre les femmes et les hommes constitue un enjeu fondamental pour les femmes dans les transitions en cours dans le monde arabe. Lors des soulèvements en Tunisie et en Égypte, elles étaient présentes dans les manifestations, sur les blogs et dans les réseaux sociaux ; des femmes manifestent également au Bahreïn, au Yémen, en Jordanie... Elles sont partout actives dans les associations de défense des droits des femmes.

« Il faut aujourd'hui être vigilant afin d'assurer la pleine participation des femmes dans les nouveaux paysages politiques », a souligné Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. «Nous sommes très préoccupés par le fait qu'il n'y ait aucune femme dans le nouveau Comité constitutionnel créé en Égypte, après la chute de Moubarak».

Que revendiquent les femmes ? Ces révolutions sont-elles une chance pour elles ? Seront-elles entendues ? Les législations pourront-elles enfin avancer dans le sens d'une égalité pleine et entière ? Les réserves à la Convention sur l'élimination des discriminations à l'égard des femmes, seront-elles enfin levées ?

Autant de questions sur lesquelles la FIDH souhaite faire la lumière dans le dossier aujourd'hui, réalisé en collaboration avec Egalité (www.egalite-infos.fr).

Alors que les femmes avaient participé massivement aux luttes pour la décolonisation, par exemple en Algérie, elles ont été largement oubliées lors des indépendances. Il ne faut pas qu'elles le soient après les soulèvements actuels ! Partout dans le monde arabe, le combat des associations de défense des droits des femmes pour l'égalité est plus important que jamais : il y a là une opportunité unique à saisir pour faire avancer dans la région le respect de leurs droits. La FIDH donne la parole à des associations qui luttent depuis longtemps pour les droits des femmes en Tunisie, en Égypte, en Algérie, au Maroc, à Bahreïn, au Yémen, en Jordanie... Des articles seront publiés tout au long du mois de mars sur le site de la FIDH pour que ne soient pas oubliés les droits de la moitié de la population des pays arabes. Et parce que comme le dit Sophie Bessis, Secrétaire générale adjointe de la FIDH : « Une démocratie sans égalité des sexes serait une démocratie tronquée ».

Interview de Leila Hammarneh, Directrice de projets, Arab Women Organisation

Interview avec une militante des droits humains à Bahreïn : « Je crains une guerre civile ici, à Bahreïn »

Tunisia: Interview with Souhayr Belhassen, FIDH President: "We must ensure that there are women in all the new political bodies"

VERSION FRANCAISE

How did Tunisian women participate in the revolution ?

Throughout the month of protests in Tunisia we saw a huge presence of women from all walks of life. It was not only those who had lost children, husbands, or other relatives killed during the uprising. We have seen that the torch of calls for democracy and equality has been passed down from our generation to the next. This is just as reassuring as it is moving. This generation has tremendous energy and creativity. They have shown it in the streets, as they have through social networks and blogs.

We must also recognize the role that women have played for many years in resistance to the dictatorship and repression. It is evident that women will play a full role in the construction of a democratic Tunisia.

It is also the “Tunisian exception” that brought about this revolution: Tunisia had the first constitution in the Arab world in the 19th century, the first trade union, the first Arab and African human rights organization and a Personal Status Code which, unfortunately, remains unique in the Arab world, which abolished repudiation and polygamy, access to the contraceptive pill and abortion, as well as to education.

With the recognition of Islamist political parties, is there a risk you think the Personal Status Code risks being challenged?

No, the rights protected by the Personal Status Code of 1956 are established. There is no going back. Now, we need to go beyond this and achieve full legal equality.

Women are fighting to preserve a modern society in Tunisia. We want the Personal Status Code to continue to evolve towards equality and freedom for both sexes. We want women to have equal rights to inheritance. Today, as in the sphere of education, women want equal participation in political life. This is why women are on centre stage. They know that the future of Tunisia depends on their struggle.

How can women’s rights be strengthened in Tunisia today?

First and foremost, we want to ensure that the new Tunisian democracy, which we hope to see emerge from this uprising, guarantees the full rights of women and gender equality. We must remain vigilent. We must remember that protecting human rights and democracy means protecting of the rights of women. We must recall the principle that there can be no genuine democracy without gender equality.

We must ensure that there are women in all the new political bodies. We must call for parity and, at the very least, quotas of women among those elected. Political parties calling themselves democratic will not be able to do less than the former RCD, the party of the ex-President, Ben Ali), which had established quotas of 30% on electoral lists.

We must also call for the reform of laws that remain discriminatory, starting with the provisions on inheritance.

We must support the work and struggle of women’s associations, like the Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), the Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement (AFTURD) and the Collectif Maghreb Egalité 1995, partners of FIDH, who resisted during the dictatorship, and have always associated the three words: democracy, freedom and equality. These women’s movements are extremely active in the creation of a democratic Tunisia.

Currently they are putting together a dossier of claims that would ensure gender equality and the protection of women’s rights in a democratic Tunisia.

Are there risks that women will be excluded from the transitions in Tunisia and Egypt ?

It is a real fear. There are already some worrying signs that women are being pushed aside in the political transitions. It is deeply concerning that women that there is not a single woman on the new Egyptian Constitutional Committee. This is unacceptable.

We must remember history. In Algeria, for example, in the 1950s women participated in the struggle for independence. However, after independence they were largely excluded from political and public life. Today the Algerian Family Code still discriminates against women, polygamy still exists, men are considered “head of the family” etc.. Women have been forgotten in the “post revolution.”

Political transition first... women’s rights later. We should remember that nothing is guaranteed, in order to ensure that women are not excluded from reconstruction, since women’s rights are never considered a political “priority.” We should not forget that if women have protested and have sacrificed themselves in the name of these revolutions, they will not allow their rights to be forgotten and ignored during the transition.

FIDH will continue to work alongside its member organisations and partners in Tunisia, Egypt and throughout the region so that memory of women’s participation in the revoulations and uprisings is preserved and so that women can obtain equal rights.

Interview de Amal Abdel Hadi, New Woman Foundation, Egypte : « Les discours qui prétendaient que la voix des femmes ne méritait pas d'être entendue ont été brisés pendant cette révolution ! »

ENGLISH VERSION

De quelle manière les femmes étaient-elles impliquées dans les manifestations en Égypte ?

Les femmes étaient impliquées dans tous les aspects de cette révolution : dans les confrontations en première ligne, dans les confrontations avec les forces de sécurité, la mobilisation, l'écriture des slogans, les cris, elles dormaient dans les tentes sur la Place Tahrir pendant les sit-ins... Certaines femmes sont restées tout au long des 18 jours des manifestations.

Des femmes figurent aussi parmi les martyrs de ce mouvement. Des femmes ont été tuées par les forces de l'ordre. D'autres ont aussi été arrêtées et détenues.

La majorité des femmes qui ont participé à ce mouvement étaient jeunes, mais il y avait aussi des femmes de tous âges et de tous milieux. Par exemple, des femmes au foyer qui n'avaient jamais participé à ce genre d'action auparavant sont venues manifester avec leurs enfants, des militants de tous les partis politiques, des Frères musulmans aux communistes participaient aux manifestations.

Des membres de notre organisation ont également participé à ces manifestations à titre individuel, mais nous n'y sommes pas allés au nom de la « New Woman Foundation ». Mais les gens savaient que nous faisions partie de la NWF. J'étais moi-même sur la Place Tahrir tous les jours et j'y ai passé plusieurs nuits.

Les femmes et les hommes étaient sur pied d'égalité lors des manifestations. C'était une période incroyable en Égypte, incroyable. Des millions de personnes étaient rassemblées au même endroit. Et les femmes n'avaient pas peur. Nous n'avons été témoins d'aucun acte de harcèlement sexuel par exemple. Il régnait un sentiment de respect total, de soutien total, et de solidarité totale envers les femmes. Les femmes, en particulier les plus jeunes, ont dormi pendant des jours sur la place.

Y-avait-il des slogans ou des demandes spécifiques concernant des droits des femmes durant les manifestations ?

Non, il n'y avait rien de spécifique , il n'y avait que des revendications de la révolution. Tout le monde était rassemblé autour de la même cause : la fin du régime, le renversement de Moubarak et la mise en place d'un gouvernement civil. Ceci est important. Si quelqu'un lançait un slogan à connotation trop politique ou trop religieuse, par exemple, tout le monde se mettait à chanter « une main, une main », et tous se remettaient à scander des slogans sur lesquels nous étions tous d'accord.

Parle-t-on des femmes et de leur implication dans les luttes, de leurs revendications spécifiques dans les médias ?

Les médias montraient des femmes présentes dans les manifestations, mais interviewaient plus souvent des hommes que des femmes. La plupart des personnes invitées aux débats télévisés étaient des hommes.

Comment les femmes sont-elles impliquées dans la transition politique ?

Les femmes sont ignorées ! Par exemple, la Commission Constitutionnelle créé pour réviser certains articles de la Constitution, ne compte aucune femme parmi ses membres.

Mais nous sommes mobilisées. Plusieurs associations ont publié un communiqué dénonçant l'absence de femmes dans cette Commission. Une Coalition d'une dizaine d'organisations de défense des droits des femmes a été constituée. Elle souligne que les femmes doivent être représentées dans tous les aspects du processus et dans tous les instances qui sont actuellement mises en place.

Un appel a été lancé sur Facebook pour une manifestation d'un million de femmes et d'hommes le 8 mars Journée Internationale de la Femme.

Quelles sont vos principales revendications pour ce gouvernement de transition ?

Un nouveau gouvernement ! Un gouvernement démocratique, indépendant et vraiment intègre.Pas le gouvernement actuel, ce gouvernement « patchwork ». Nous demandons l'établissement immédiat d'un comité présidentiel civil. Ce comité doit former un gouvernement civil et un comité constitutionnel qui aura la responsabilité d'écrire une nouvelle constitution. Nous avons besoin d'une nouvelle constitution !

Le comité constitutionnel doit être composé de personnes de milieux variés. Les femmes et les jeunes doivent y être représentés.ils ont été la force de cette révolution.

Nous demandons une représentation égale et équitable des femmes et des jeunes dans tous les instances représentatives, des comités et conseils locaux au parlement national.

Nous revendiquons la liberté d'expression, en commençant par la liberté de créer des partis politiques, des syndicats indépendants, des ONG et des organisations de la société civile.

Nous exigeons que tous ceux qui ont été impliqués dans la répression et le massacre des manifestants soient jugés. Nous voulons que les responsables de tous les crimes commis pendant les 18 premiers jours de la révolution soient jugés. Nous voulons un procès transparent pour tous ceux qui ont été impliqués dans la corruption en Égypte. Nous voulons que tous les symboles du régime, - et il ne s'agitpas uniquement de Moubarak ou de ses proches -, et tous ceux qui ont étés impliqués dans la corruption soient jugés.

Nous demandons que tous les avoirs de Moubarak et de tous les autres symboles du régime soient gelés. Nous insistons auprès du gouvernement qu'ils agissent à cet égard.

Nous demandons la libération de tous les manifestants qui ont été arrêtés arbitrairement. La police militaire doit cesser les arrestations qui ont toujours cours aujourd'hui.

Nous demandons que tous ceux qui se sont rendus responsables d'avoir coupé les communications internet, téléphoniques et médiatiques soient jugés. Nous demandons, en particulier, que la télévision egyptienne qui a tenté de déformer et de dissimuler des informations auprès du peuple Égyptien, soit tenue responsable.

Le conseil militaire (actuellement à la tête du pays) demandent que des élections présidentielles et parlementaires et qu'une modification de la constitution aient lieu dans les 6 mois. C'est un vrai problème, nous craignons en effet que dans ce cas de figure, ceux qui organiseront les élections et réformeront la constitution, soit issus des partis existants : le Parti démocratique national et les Frères Musulmans. Ce n'est pas ce que nous souhaitons. Nous voulons des changements à long terme.

Nous voulons une réflexion en profondeur sur la nouvelle constitution et sur ce que nous voulons pour une Égypte nouvelle, et ceci va prendre du temps. Ce n'est pas une étape qu'il faut précipiter. La législation actuelle ne permet même pas de former de nouveaux partis politiques. Nous ne voulons d'un gouvernement qui soit le prolongement du précédent régime.

Y-a- t-il des organisations autres que des associations de femmes, qui soutiennent vos revendications pour la protection des droits des femmes ?

En fait, aucune autre organisation ne travaille sur cette problématique, mais lorsque nous leur parlons de nos revendications elles sont d'accord avec nous. Lorsque nous avons rencontrés, avec d'autres ONG, le Conseil militaire, personne n'a soulevé de revendications concernant les droits des femmes. Pour l'instant nous sommes tous très concentrés sur la transition, car nous avons l'impression que les choses stagnent.

Que représentent, selon vous, les développements récents pour les droits des femmes. ? Quels sont vos espoirs et vos craintes ?

J'espère que si nous travaillons vraiment, nous pourrons saisir cette opportunité pour que la situation des femmes en Égypte s'améliore de manière générale. Je pense que nous pourrons vraiment obtenir un gouvernement civil et une démocratie parlementaire.

Si nous nous dirigeons ainsi vers un plus grand respect de la liberté d'association, y compris pour les syndicats professionnels et ouvriers et les ONG, alors les femmes devraient pouvoir participer plus efficacement à tous les domaines de la vie publique. Celaleur donnera l'opportunité de partager leurs perspectives en termes de santé, d'économie, d'environnement, de conditions de travail...etc. Nous avons le sentiment que cette nouvelle atmosphère nous ouvrira des nouvelles opportunités pour revendiquer nos droits.

Les discours qui auparavant prétendaient que la voix des femmes ne méritait pas d'être entendue ont été brisés pendant cette révolution, brisés ! Parce que les femmes étaient là, avec leurs voix magnifiques, hurlant contre le régime. Les femmes étaient là, elle dormaient par terre dans la rue, et ceci était accepté de tous.

Néanmoins, je pense que le désir d'accélérer le processus et de précipiter les choses risque de nuire aux femmes. Un risque demeure en effet, de nous retrouver avec des partis politiques ou des parlementaires qui ne sont pas concernés par les droits des femmesou pire, qui s'y opposent. C'est pour cela que nous avons besoin de temps.

Enfin, pourriez-vous nous donner votre point de vue sur les évènements en cours dans le reste du monde Arabe et leurs conséquences possibles sur les droits des femmes ?

Les Tunisiens ont fait une chose merveilleuse en commençant ce mouvement et les Égyptiens ont eu un impact important en prouvant que c'était possible. La plupart des pays Arabes ont des gouvernements autocratiques et oppressifs. Je pense que ceci est le vrai commencement d'un processus de dé-construction et de reconstruction, particulièrement avec l'utilisation d'internet par les jeunes. C'est incroyable.C'est une époque de grands changements.

Rien ne sera jamais comme avant... C'est un sentiment merveilleux, celui d'être témoin de l'histoire. Je suis heureuse d'avoir pu vivre cette expérience.

Et les jeunes sont déterminés, ils sont vraiment matures ! Ils essaient d'agir. Ils manquent peut être d'un peu expérience mais ils apprendrons ! Ils apprennent vite et je suis heureuse qu'ils aient pu apprendre en dehors des cercles habituels, en dehors des partis politiques. Ils ont leur créativité ,c'est très important. Je pense que les jeunes de manière générale veulent la démocratie, qu'ils sont plus ouverts aux changements et qu'ils ont un plus grand respect envers les femmes.

Interview de Sophie Bessis, secrétaire générale adjointe de la FIDH : « Les Tunisiennes se battent pour participer pleinement au processus de transition »

ENGLISH VERSION

La Tunisie a été le premier pays à se soulever. Comment les femmes ont-elles participé au soulèvement ?
Quel rayonnement peuvent-elles avoir dans le monde arabe ?

Les mouvements de femmes sont extrêmement actifs dans cette Tunisie en construction. Elles étaient dans la rue, elle manifestaient. Pendant toute l'époque de la dictature, les associations étaient remplies de femmes. Les grandes figures de la société civile tunisienne sont des figures féminines aujourd'hui. Parmi les figures les plus respectées de la société civile tunisienne aujourd'hui sont des femmes, c'est pour vous dire le rôle qu'elles ont pris dans la résistance à la dictature, dans la résistance à la répression, et il est évident que ces femmes ne se laisseront pas dépouiller de leur rôle dans la construction de la démocratie tunisienne, qui, si elle n'est pas une démocratie égalitaire, ne sera pas une démocratie du tout.

Partout dans le monde arabe, les femmes bougent. Il existe depuis quatre ans une grande campagne qui travaille sur la levée des réserves par les Etats arabes à la convention Cedaw, qui s'appelle la Coalition Egalité sans réserves. La coalition est constituée de plusieurs dizaines d'associations de femmes du monde arabe, du Maroc à l'Arabie Saoudite, qui se battent pour leurs droits. Alors, évidemment, parce que les femmes tunisiennes jouissent de droits plus étendus que les autres femmes du monde arabe, parce que le Code du statut personnel de 1956 et les lois qui l'ont suivi sont des lois, non pas égalitaires mais beaucoup moins inégalitaires que dans le reste du monde arabe, il est évident que les femmes tunisiennes peuvent servir de modèle à l'émancipation des femmes ailleurs dans le monde arabe. Cela dit, ce n'est pas parce qu'elles peuvent servir de modèle qu'elles ne doivent pas continuer elles-mêmes leur lutte. Car leur lutte n'est pas terminée puisque l'égalité totale n'est pas acquise.

Quelles sont les revendications actuelles des associations de femmes en Tunisie ?

D'abord, avant tout, faire en sorte que la nouvelle démocratie tunisienne, les nouvelles institutions de cette démocratie garantissent l'intégralité des droits des femmes et l'égalité des sexes. Nous partons du principe qu'une démocratie qui ne garantirait pas l'égalité, serait dès le départ une démocratie tronquée.

Les revendications sont parfaitement claires du côté des associations de femmes en Tunisie, en particulier l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), l'Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement et le Collectif Maghreb Egalité 1995. Ces associations ont résisté à l'époque de la dictature et parce qu'elles ne soutenaient pas la dictature étaient considérés comme faisant partie de l'opposition. Aujourd'hui, nous voyons que leur lutte pendant toutes ces années n'a pas été inutile, parce qu'elles sont actuellement sur le devant de la scène. Elles sont en train d'élaborer un cahier de revendications qui permettrai d'assurer l'égalité des sexes et le maintien des droits des femmes dans la Tunisie démocratique, que l'on espère voir émerger de ce soulèvement et du mouvement actuel.

La FIDH a effectué une mission la semaine dernière justement pour appuyer les revendications des associations féminines et pour appuyer le plaidoyer qu'elles sont en train de faire, au niveau des commissions et au niveau des partis politiques. Pour s'assurer d'abord qu'il y ait des femmes sur leurs listes électorales, dans leurs listes de candidats.

Avec les associations de femmes nous demandons la parité, sachant que malheureusement nous n'y parviendrons pas du premier coup. Mais il y aura probablement dans un premier temps des quotas. Le code électoral, qui est en préparation, qui n'est pas encore adopté, prévoit un quota d'environ 30% de femmes. Je pense que le quota sera de 30% sur les listes électorales et ce qui serait souhaitable, évidemment, c'est qu'il y ait également un quota de femmes dans les instances élues. Les partis qui se disent démocratiques, ne sauraient faire moins bien que l'ancien RCD, l'ancien parti hégémonique au pouvoir qui avait instauré des quotas dans ses rangs de 30% de femmes.

Quel futur pour les droits des femmes en Tunisie ?

Personne n'osera dire aujourd'hui qu'il est contre les droits des femmes, c'est déjà quelque chose. Mais évidemment tous les partis ne sont pas sur la même longueur d'ondes concernant notamment l'égalité juridique totale. Les associations de femmes demandent, entre autres, que l'égalité devant l'héritage soit proclamée dans les nouvelles lois, et certains partis se sont prononcés contre.

Evidemment il faudra qu'elles se battent comme toujours. Les femmes doivent toujours se battre, mais aujourd'hui la révolution tunisienne s'est faite avec les femmes, la construction de la démocratie tunisienne se fera avec elles. Maintenant évidemment elles doivent se battre, parce que ces sociétés demeurent malgré tout patriarcales, la loi est inégalitaire, et les pratiques le sont aussi, comme dans toutes les autres sociétés du monde, il faut bien le dire. Eh bien comme toujours les femmes doivent se battre doublement, triplement pour avoir leur place. Mais il est évident qu'elles se battent aujourd'hui pour participer pleinement au processus de transition.

Journée internationale des femmes 2011 : Ratifier et Respecter

ENGLISH VERSION

Le 8 mars 2011 - A l'occasion de la 100ème Journée internationale des femmes, la Coalition de la campagne « l'Afrique pour les droits des femmes : ratifier et respecter » appelle les États à ratifier le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique.

Le Protocole adopté en 2003 à Maputo au Mozambique et entré en vigueur en 2005, a été ratifié par la majorité des États africains qui se sont engagés à « éliminer toutes formes de discrimination à l'égard des femmes et (à) assurer la protection des droits de la femme ». Si nous nous félicitons de la décision de l'Ouganda et du Kenya de devenir, en 2010, parties au Protocole, nous déplorons qu'à ce jour 24 États n'aient toujours pas ratifié cet instrument (1).

Ce texte extrêmement important, à l'instar de la Convention des Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Convention CEDAW) ratifiée par la quasi totalité des États africains, offre un cadre juridique de référence pour assurer le respect des droits humains des femmes : élimination des discriminations et des pratiques néfastes ; droit à la vie et à l'intégrité physique ; égalité des droits en matière civile et familiale ; accès à la justice ; droit de participation au processus politique ; protection dans les conflits armés ; droits économiques et protection sociale ; droit à la santé et à la sécurité alimentaire, etc.

Lancée le 8 mars 2009 par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), en coopération avec cinq organisations régionales africaines (2), la campagne « L'Afrique pour les droits des femmes » est soutenue par de nombreuses personnalités, telles les prix Nobel de la paix Mgr Desmond Tutu et Shirin Ebadi, les prix Nobel de littérature, Wole Soyinka et Nadine Gordimer, par les artistes Angélique Kidjo, Tiken Jah Fakoly et Youssou N'Dour ou encore par Mme Soyata Maiga, Rapporteure spéciale de la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples sur les droits des femmes en Afrique.

Toutes les organisations et personnalités signataires de la campagne appellent les gouvernements africains à saisir l'occasion de la 100ème Journée internationale des femmes pour ratifier le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique et affirmer leurs engagements en faveur des droits des femmes dans leurs pays notamment en mettant en œuvre les recommandations formulées dans le Cahier d'exigences de la campagne. Nous appelons par ailleurs les États d'ores et déjà parties à ce Protocole à respecter leurs engagements en prenant toutes les mesures permettant la mise en œuvre effective de ses dispositions, en particulier en abrogeant les lois discriminatoires encore en vigueur.

Notes

(1) Algérie, Botswana, Burundi, Cameroun, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Gabon, Guinée, Guinée équatoriale, Madagascar, Maurice, Niger, République centrafricaine, Sao Tome et Principe, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Swaziland, Tchad, Tunisie

(2) Femmes Africa Solidarités (FAS), Women in Law in South Africa (WLSA), African Center for Democracy and Human Rights Studies (ACDHRS), Women in Law and Development in Africa (WILDAF) et Women's aid Collective (WACOL)

Tuesday 8 March 2011

COMMUNIQUE DE PRESSE DE L'ORGANISATION MAROCAINE DES DROITS HUMAINS (O.M.D.H)

Un deuxième siècle depuis la première journée des femmes

La lutte des femmes continue pour l’égalité des sexes

Convaincue que les droits des femmes sont indissociables des Droits Humains, l’OMDH enregistre les avancées qu’ont connus les droits des femmes aux Maroc, grâce au combat mené par le mouvement des femmes et des droits humains, mais constate que de nombreuses discriminations à l’égard des femmes fondées sur le genre persistent.

L’OMDH demande aux autorités publiques de répondre aux revendications du mouvement des femmes et des droits humains, dont certaines constituent des priorités :

• Inscrire dans la Constitution le principe de l'égalité hommes - femmes par rapport à tous les droits et le principe de la primauté des conventions internationales ratifiées sur les normes nationales ;

• Opérationnaliser la levée des réserves avec leur publication dans le Bulletin officiel et une correspondance au Secrétaire Général des Nations Unies ;

• Inscrire le quota dans la Constitution pour donner effet à l’égalité en matière de droits politiques et dans toutes les instances où les femmes sont sous représentées notamment dans les postes de décision ;

• Revoir les dispositions discriminatoires dans les différentes lois en veillant à leur harmonisation avec les instruments juridiques et normatifs internationaux qui protègent les droits humains des femmes ;

• Assurer, par l’instauration de mécanismes de contrôle, l’applicabilité des lois et des procédures de la protection des droits fondamentaux des femmes et de manière volontariste et intégrative dans le chantier initié de l’assainissement global du secteur de la justice ;

• Activer la mise en place d’une loi garantissant les droits et les libertés des femmes, les protégeant contre les violences et les discriminations fondées sur le genre ;

• Veiller à l’effectivité des dispositions légales du code de la famille, particulièrement en ce qui concerne les mariages précoces et le versement de la pension alimentaire aux mères assurant la garde des enfants ;

• Elaborer une stratégie publique en matière d’éducation et de formation pour pallier aux limites des outils pédagogiques et accorder des soutiens financiers aux familles pauvres pour encourager la scolarisation des filles ;

• Veiller au respect du principe de l’égalité en tant que règle fondamentale dans la planification nationale et pour l’élaboration des lois, des politiques publiques et la mise en place des institutions nationales.

Le Bureau national

7 mars 2011

COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA LIGUE SENEGALAISE DES DROITS HUMAINS (L.S.D.H.)

En ce jour du 8 Mars, la Ligue Sénégalaise des Droits Humains (L.S.D.H.) rend hommage à une icône et pionnière des droits humains au Sénégal et en Afrique : Maitre Mame Bassine NIANG, première avocate du Sénégal et précurseur de tous les combats pour la promotion de la femme.

La Ligue Sénégalaise des Droits Humains saisit par ailleurs l’occasion pour condamner les nombreux cas de déperditions scolaires de jeunes filles sénégalaises dus à des violences de toutes sortes notamment des viols du fait des éducateurs (enseignants et maitres coraniques), des mariages précoces, des actes de pédophilies et incestueux.

Elle rappelle qu’il ne saurait y avoir de réelle effectivité des droits de la femme sans une scolarisation au diapason des exigences du monde moderne et un environnement familial, social et juridique protecteur de l’intégrité physique et corporelle des jeunes filles appelées à être des femmes leaders de demain.

Le coordonnateur
Maitre Assane Dioma NDIAYE

Wednesday 20 January 2010

Sénégal, Entretien avec Coumba Fary Diouf : "Notre rôle est de leur dire qu'il y a des limites, qu'elles doivent savoir dire Stop !"

Coumba Fary Diouf est membre active de la SWAA (Society for Women and Aids in Africa) depuis 2009. Chargée de l'accompagnement des projets, elle assiste les porteurs de projet dans leurs demandes de financement et les écritures de projet. Parallèlement, elle anime les événements de l'association, tels que les pôles et les repas communautaires, et plus récemment, la projection de films sur la thématique des violences faites aux femmes, à l'occasion des 16 jours d'activisme contre les violences de genre.

Coumba Fary Diouf est une femme très active dans la défense des droits des femmes : elle monte en 1994 l'association Femmes Volontaires pour l'Alphabétisation (FVPA), dont elle est Présidente, qui forme femmes et enfants des rues, en partenariat avec le Comité Consultatif de la femme du Ministère de la famille. Elle anime par ailleurs régulièrement des émissions sur Manoré Fm, la radio des femmes, où elle parle d'entreprenariat des femmes, et surtout d'éducation des femmes.


Que signifie être un défenseur des droits des femmes dans votre pays?

Être un défenseur des droits des femmes, c'est être engagé à défendre la cause des femmes. En Afrique, les femmes connaissent toutes leurs devoirs, mais presque jamais leurs droits. Elle suivent la culture qu'on leur apprend, à savoir que « Ce que mari veut, Dieu veut », et donc que les volontés des hommes sont incontestables. Elles ne s'opposent ni aux mariages forcés, ni aux violences et aux viols. Notre rôle est de leur dire qu'il y a des limites, qu'elles doivent savoir dire Stop ! Les femmes ont leurs droits, que ce soit au travail, à la BONNE terre. Il faut leur donner la force de se lever !

On peut donc dire que vous faîtes face au poids de la culture et des coûtumes? Comment les combiner dans votre lutte?

Oui, bien sûr que la culture est un obstacle. Tous les leaders, les chefs religieux, les chefs de quartiers et les responsables de famille sont concernés, C'est pourquoi je pense qu'il faut faire des formations pour éveiller les femmes, mais aussi les hommes. Il faut les amener à voir que les femmes ont leur place et leurs droits.

Quel a été le moment le plus gratifiant de votre combat pour les droits des femmes?

J'ai eu un parcours et un milieu familial très difficiles. J'ai beaucoup souffert, tout comme mon entourage. J'ai donc décidé d'accéder à l'éducation pour pouvoir m'exprimer correctement. Je me suis dit que je devais me battre, pas seulement pour moi, mais pour mes amies et pour la cause des femmes. C'est alors que je me suis inscrite au Comité des droits des femmes. A mes débuts, j'ai aidé une femme mariée qui travaillait. Son mari avait des terres, mais pas d'argent pour y construire. Il a donc fait démissionner sa femme pour qu'elle puisse l'y aider. Seulement, une fois la construction terminée, il a décidé de se marier avec une autre femme et de chasser cette première femme. Cette femme est venue me voir et on s'est BATTUES. Je me suis battue, j'ai mobilisé le comité consultatif, j'ai mobilisé les femmes. Nous nous sommes battues sans relâche et nous avons GAGNE, le juge a tranché en notre faveur. C'était mon premier combat et je l'ai gagné.

Quel a été celui qui vous a le plus déçu?

Avant de fonder la FVPA, j'étais membre d'une association défendant les femmes, AMAPA. L'association était très bien partie, nous avions quelques classes d'alphabétisation, et beaucoup de femmes étaient impliquées. Un jour, les femmes se sont retournées contre moi. En fait, les hommes étaient derrière tout ça : ils les avaient payées, et elles ne m'ont plus défendue. J'ai donc quitté l'association avec un goût amer. C'est à partir de là que j'ai décidé de mettre en place la FVPA. Face à la corruption, notre meilleure arme est l'éducation et l'alphabétisation.

Quels sont selon vous les impacts de la CEDEF et du Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples en Afrique, sur la discrimination et la violence contre les femmes?

La CEDEF a eu des impacts positifs sur les femmes ici. Auparavant, les femmes n'osaient pas dénoncer ce qu'elles subissaient. Les victimes de viol, les femmes battues n'osaient pas se montrer. Maintenant elles ont moins peur, elles osent parler, et se sentent plus protégées et suivies. Par exemple, elles appellent à la radio pour être écoutées. C'est un grand progrès.

Qu'attendez-vous de la campagne «  L'Afrique pour les droits des femmes – Ratifiez et Respectez ! »?

Nous attendons de cette campagne qu'elle nous appuie au niveau de notre assocation. Nous avons beaucoup de progrès à faire, dans l'éducation des hommes en plus de celle des femmes. Nous avons beaucoup à faire contre la violence homme-femme.

Quelles sont les priorités dans votre pays, quant au respect des droits des femmes?

Les priorités sont d'appuyer certains droits : le droit à l'éducation est le premier, suivi de près par le droit à la santé. Aujourd'hui, les femmes ne peuvent aller se faire soigner qu'avec la permission de leur mari. J'ai rencontré cette femme souffrante qui me disait qu'elle n'osait pas en parler à mari. Nous devons leur expliquer que se soigner est un Droit. Comme priorités nous avons aussi le droit à l'autorité parentale, et le droit à l'accès aux terres. On peut en fait dire que la priorité est le droit à l'épanouissement.

Si vous aviez une demande à faire à votre Président, quelle serait-elle? Si vous pouviez changer UNE chose ( une loi, une pratique, une politique ) pour les femmes dans votre pays, quelle serait-elle?

Je demanderais à ce que les hommes se sacrifient pour donner aux femmes du poids, pour qu'elle puisse s'exprimer, qu'elles connaissent et fassent respecter leurs Droits, qu'elles se fassent enfin respecter.

Entretien réalisé par Claire Hoi

Wednesday 22 April 2009

La RDC ratifie le Protocole sur les droits des femmes en Afrique!

Depuis le 9 février 2009, la République Démocratique du Congo a ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes.

La RDC est le 26 ème Etat du continent à ratifier le Protocole à la CADHP relatif aux droits des femmes et le second Etat d'Afrique Centrale, après le Rwanda en 2004, à franchir ce pas significatif.

La campagne se félicite de cette avancée. Toutefois, il ne s'agit que d'une promesse qui devra par la suite être suivie d'effets. Les acteurs de la campagne "l'Afrique pour les droits des femmes" attendent maintenant des actions concrètes démontrant la volonté des autorités congolaises de respecter leurs engagements internationaux. Enfin, la campagne appelle la RDC à ratifier et respecter le Protocole à la Convention CEDAW qui permet aux femmes victimes de violations de leurs droits de déposer des plaintes devant un comité des Nations Unies.

A quoi sert ce Protocole ? Cette convention régionale, adoptée sous l'égide de l'Union Africaine à Maputo (Mozambique) en 2003 à la suite d’une lutte acharnée des organisations africaines de défense des droits des femmes, est entrée en vigueur en 2005. Ce texte oblige les Etats à garantir aux femmes leurs droits fondamentaux. Certains des droits et obligations énumérés sont particulièrement pertinents dans le contexte africain comme la prohibition des pratiques traditionnelles néfastes (excision, lévirat, sororat, mariage précoce, forcé...) ou l’obligation d’apporter une protection spécifique aux femmes dans les conflits armés. Ce Protocole représente par ailleurs une avancée considérable en matière de droits reproductifs. Cinq ans après son adoption, 27 Etats ne l'ont toujours pas ratifié.

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Thursday 19 March 2009

La recherche d’une égalité en droit : un combat valable pour tous les continents

Extraits du discours de Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH prononcé à la veille de la journée internationale de la femme, le 7 mars 2009, à l'occasion d'un débat organisé par le mouvement laïque belge et la Ligue belge des droits de l'Homme, à Charleroi, Belgique

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(...) Pour nous, à la FIDH, la question du respect du droit des femmes est une priorité de notre action. Au quotidien.

Demain, ce 8 mars 2009, plus d’une centaine d’organisations, présentes sur tout le continent africain, lanceront une campagne de sensibilisation et de plaidoyer pour mettre un terme aux discriminations et aux violences à l’égard des femmes en Afrique.

En effet, dans la majorité des pays africains, la discrimination demeure ancrée en droit et en fait : les femmes se voient refuser l’égalité des droits à l’héritage, à la propriété, à la tutelle et à la garde des enfants, et doivent se soumettre à l’autorité du mari. Les femmes ont un accès restreint et inégalitaire à l’éducation, aux soins, aux affaires publiques et peinent à faire valoir leurs droits devant la justice. Les violences contre les femmes persistent dans les sphères publiques et privées. A travers tout ce continent, les femmes continuent à souffrir de violences domestiques et sexuelles, et de pratiques traditionnelles néfastes, telles que les mutilations génitales féminines, les rites de veuvage, le lévirat, les mariages forcés et précoces.

Le but ultime de cette campagne, lancée à l’initiative de la FIDH, est de mettre fin aux violences et discriminations dont les femmes sont victimes sur le continent africain.

Si la mobilisation autour de cette campagne est suffisamment importante pour exercer une réelle pression sur les Etats, les amenant à ratifier les conventions africaines et internationales protectrices des droits des femmes, à supprimer leurs lois et coutumes discriminatoires, à adopter d’autres lois protectrices des droits des femmes et à tout mettre en œuvre pour garantir leur application, la vie des femmes en Afrique pourra changer.

Certes, cette campagne ne va pas empêcher, du jour au lendemain, les viols d’être commis, les excisions d’être pratiquées ou modifier de façon immédiate les stéréotypes concernant le rôle des femmes dans les sociétés.

Toutefois, si des lois existent et sont appliquées pour sanctionner ces violences et pour donner aux femmes un statut égal à celui de l’homme, alors les auteurs de ces pratiques pourront être arrêtés et les femmes ne seront plus continuellement lésées face à leurs frères ou époux, ou marginalisées dans la sphère publique.

Ce n’est qu’avec l’obtention d’une égalité en droit et en fait, et la fin de l’impunité pour les auteurs de violences et crimes sexuels, que les mentalités pourront alors évoluer dans le sens du respect des droits humains des femmes.

Ce rappel de la recherche d’une égalité en droit n’est pas un combat uniquement valable pour tel ou tel continent. Il doit être accompli sous toutes les latitudes, y compris en Belgique.

La Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (CEDAW), adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1979, est le texte de référence en matière de protection des droits des femmes, au niveau international. Elle énumère les obligations des Etats de mettre un terme aux discriminations à l’égard des femmes dans les sphères publiques et privées et de promouvoir l’égalité et préconise la modification des schémas socioculturels de l’homme et de la femme afin d’éliminer les préjugés fondés sur l’idée d’infériorité des femmes et des rôles stéréotypés des deux sexes.

Ainsi, récemment, la FIDH a aidé son affilée belge, la Ligue des droits de l’Homme, en lui permettant d’évoquer le respect du droits des femmes en Belgique auprès d’un comité d’experts de l’ONU.

Dans ses recommandations émises à l’automne dernier, ce Comité a attiré, de façon récurrente, l’attention du Gouvernement belge sur les points suivants :

- le manque de coordination des actions entamées

- l’absence d’évaluation de l’impact des mesures,

- la persistance de bon nombre d’inégalités (sur le plan salarial par exemple)

Le Comité demandait aussi à la Belgique :

  • de veiller à ce que les hommes et les femmes puissent participer sur un pied d’égalité aux affaires politiques et publiques de l’État
  • de multiplier ses efforts pour éliminer les images et les attitudes stéréotypées concernant le rôle et la responsabilité des femmes et des hommes, qui perpétuent la discrimination directe et indirecte à l’égard des femmes

Je n’ignore pas que madame la Ministre pour l’égalité des chances, que je salue, a très rapidement fait part au Parlement de sa volonté d’appliquer au mieux ces recommandations internationales.

Tant mieux mais la vigilance de la société civile doit rester de mise. (...)

Tuesday 10 March 2009

Les femmes d'Afrique haussent le ton

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Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH

Le 8 mars, les organisations de femmes africaines ont lancé une vaste campagne visant à inciter les États à « ratifier et respecter » la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (Cedef). Cette année, le plus important des textes internationaux relatifs aux droits des femmes fête en effet ses 30 ans. Et les femmes africaines ont bien l’intention de saisir cette occasion pour interpeller leurs dirigeants.

Jamais un texte aussi méconnu n’a eu autant d’implications au niveau local, en particulier sur le continent. Des centaines d’organisations s’appuient quotidiennement sur la Cedef pour dénoncer les carcans législatifs et sociétaux qui pèsent sur les femmes. Grâce au soutien de deux Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi et Desmond Tutu, ainsi qu’à l’appui de la FIDH et de cinq organisations régionales africaines luttant pour les droits de l’homme, de multiples actions de terrain seront entreprises durant les deux prochaines années. Marches, défilés, conférences de presse, caravanes, sensibilisation de lycéens et de collégiens, ateliers, pétitions et même propositions de loi pour des quotas de femmes dans les assemblées législatives… Une quarantaine de pays africains s’apprêtent désormais à vivre au rythme d’une mobilisation renforcée.

Il était temps. Car si la plupart des pays africains ont ratifié la Cedef, il s’agissait manifestement de faire bonne figure, notamment auprès de certains bailleurs internationaux. Pour preuve, beaucoup d’États du continent n’ont pas pris la peine de la faire respecter, ou émettent de telles réserves – notamment sur l’héritage, le mariage, ou le divorce – qu’elle se trouve vidée de tout son sens. Or elle concerne directement le respect et la protection de la dignité humaine des femmes.

Outre les atteintes intolérables à leur intégrité physique – traditionnelles comme les mutilations génitales, ou plus récentes comme les viols systématiques utilisés comme arme de guerre –, les inégalités devant la loi sont encore le lot quotidien de millions de femmes et de jeunes filles africaines. Le fait qu’elles soient souvent considérées comme le pilier économique et social de la famille ne les place pas à l’abri de toutes les formes de discriminations, bien au contraire…

Certes, des combats ont d’ores et déjà abouti dans certains pays, comme le Sénégal et le Burkina Faso, à une réelle prise de conscience et à un abandon progressif des mutilations génitales féminines. Au Bénin, la loi a été modifiée dans un sens plus favorable aux femmes. Au Mali, un nouveau code de la famille, moins discriminatoire, est en voie d’adoption par les députés. Mais ces avancées sont encore bien timides, et les inégalités en matière de droits des femmes demeurent criantes. De fait, seuls deux États du continent, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud, peuvent se prévaloir d’une législation entérinant une véritable égalité entre les sexes.

N’oublions pas non plus que l’Union africaine vient de placer à sa tête, pour un an, le « Guide » libyen Mouammar Kaddafi, peu connu pour ses positions progressistes dans le domaine des droits de l’homme. Le « roi des rois traditionnels d’Afrique », comme il aime désormais se faire appeler, n’incitera certainement pas les autres chefs d’État à faire respecter la Cedef, du moins si l’on en juge par les réserves qu’il a lui-même fait poser à ce texte au nom du respect de la charia.

On le voit, le chemin est encore long avant que la situation des Africaines ne s’améliore durablement. Il faudra beaucoup de détermination de la part des sociétés civiles pour arriver à sensibiliser les dirigeants du continent au problème du respect des droits des femmes. C’est le sens de la campagne qui a été lancée lors de la Journée internationale du 8 mars. Les femmes africaines savent qu’elles n’obtiendront rien sans combattre. Et notre devoir à tous – hommes ou femmes – est plus que jamais de les y aider.

Tribune publiée dans la page "Forum" de l'hebdomadaire Jeune Afrique daté du 10 mars 2009

"Finalement l'homme se dit : je l'ai achetée..."

Madeleine Affité, présidente de la Maison des Droits de l'Homme du Cameroun, revient sur la situation des femmes dans son pays, et sur les activités de son organisation dans ce domaine.

Elle explique que la plupart des femmes victimes de violence conjuguale ne connaissent pas leurs droits, sont démunies par rapport à leurs maris, et souvent acceptent leur condition, comme si la dot offerte par le mari à la famille de l'épouse lui accordait un droit de propriété sur sa femme. Dans la vie publique, malgré certaines avancées pour les femmes, de nombreux postes leur sont encore inccessibles et les femmes souffrent de discrimination. Elle précise que ce manque de considération pour les femmes est dûe à l'absence de lois protectrices de leurs droits au Cameroun. Le code de la famille étant encore "en gestation", aucune loi ne protège les femmes et les filles dans la sphère privée.
Le rôle de l'association de Madeleine Affité est d'aider les femmes victimes de violence et de discrimination, en les accompagnant en justice si elles le désirent.