Africa for Women's Rights | L'afrique pour les droits des femmes

To content | To menu | To search

Tag - droits des femmes

Entries feed - Comments feed

Wednesday 20 January 2010

Sénégal, Entretien avec Coumba Fary Diouf : "Notre rôle est de leur dire qu'il y a des limites, qu'elles doivent savoir dire Stop !"

Coumba Fary Diouf est membre active de la SWAA (Society for Women and Aids in Africa) depuis 2009. Chargée de l'accompagnement des projets, elle assiste les porteurs de projet dans leurs demandes de financement et les écritures de projet. Parallèlement, elle anime les événements de l'association, tels que les pôles et les repas communautaires, et plus récemment, la projection de films sur la thématique des violences faites aux femmes, à l'occasion des 16 jours d'activisme contre les violences de genre.

Coumba Fary Diouf est une femme très active dans la défense des droits des femmes : elle monte en 1994 l'association Femmes Volontaires pour l'Alphabétisation (FVPA), dont elle est Présidente, qui forme femmes et enfants des rues, en partenariat avec le Comité Consultatif de la femme du Ministère de la famille. Elle anime par ailleurs régulièrement des émissions sur Manoré Fm, la radio des femmes, où elle parle d'entreprenariat des femmes, et surtout d'éducation des femmes.


Que signifie être un défenseur des droits des femmes dans votre pays?

Être un défenseur des droits des femmes, c'est être engagé à défendre la cause des femmes. En Afrique, les femmes connaissent toutes leurs devoirs, mais presque jamais leurs droits. Elle suivent la culture qu'on leur apprend, à savoir que « Ce que mari veut, Dieu veut », et donc que les volontés des hommes sont incontestables. Elles ne s'opposent ni aux mariages forcés, ni aux violences et aux viols. Notre rôle est de leur dire qu'il y a des limites, qu'elles doivent savoir dire Stop ! Les femmes ont leurs droits, que ce soit au travail, à la BONNE terre. Il faut leur donner la force de se lever !

On peut donc dire que vous faîtes face au poids de la culture et des coûtumes? Comment les combiner dans votre lutte?

Oui, bien sûr que la culture est un obstacle. Tous les leaders, les chefs religieux, les chefs de quartiers et les responsables de famille sont concernés, C'est pourquoi je pense qu'il faut faire des formations pour éveiller les femmes, mais aussi les hommes. Il faut les amener à voir que les femmes ont leur place et leurs droits.

Quel a été le moment le plus gratifiant de votre combat pour les droits des femmes?

J'ai eu un parcours et un milieu familial très difficiles. J'ai beaucoup souffert, tout comme mon entourage. J'ai donc décidé d'accéder à l'éducation pour pouvoir m'exprimer correctement. Je me suis dit que je devais me battre, pas seulement pour moi, mais pour mes amies et pour la cause des femmes. C'est alors que je me suis inscrite au Comité des droits des femmes. A mes débuts, j'ai aidé une femme mariée qui travaillait. Son mari avait des terres, mais pas d'argent pour y construire. Il a donc fait démissionner sa femme pour qu'elle puisse l'y aider. Seulement, une fois la construction terminée, il a décidé de se marier avec une autre femme et de chasser cette première femme. Cette femme est venue me voir et on s'est BATTUES. Je me suis battue, j'ai mobilisé le comité consultatif, j'ai mobilisé les femmes. Nous nous sommes battues sans relâche et nous avons GAGNE, le juge a tranché en notre faveur. C'était mon premier combat et je l'ai gagné.

Quel a été celui qui vous a le plus déçu?

Avant de fonder la FVPA, j'étais membre d'une association défendant les femmes, AMAPA. L'association était très bien partie, nous avions quelques classes d'alphabétisation, et beaucoup de femmes étaient impliquées. Un jour, les femmes se sont retournées contre moi. En fait, les hommes étaient derrière tout ça : ils les avaient payées, et elles ne m'ont plus défendue. J'ai donc quitté l'association avec un goût amer. C'est à partir de là que j'ai décidé de mettre en place la FVPA. Face à la corruption, notre meilleure arme est l'éducation et l'alphabétisation.

Quels sont selon vous les impacts de la CEDEF et du Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples en Afrique, sur la discrimination et la violence contre les femmes?

La CEDEF a eu des impacts positifs sur les femmes ici. Auparavant, les femmes n'osaient pas dénoncer ce qu'elles subissaient. Les victimes de viol, les femmes battues n'osaient pas se montrer. Maintenant elles ont moins peur, elles osent parler, et se sentent plus protégées et suivies. Par exemple, elles appellent à la radio pour être écoutées. C'est un grand progrès.

Qu'attendez-vous de la campagne «  L'Afrique pour les droits des femmes – Ratifiez et Respectez ! »?

Nous attendons de cette campagne qu'elle nous appuie au niveau de notre assocation. Nous avons beaucoup de progrès à faire, dans l'éducation des hommes en plus de celle des femmes. Nous avons beaucoup à faire contre la violence homme-femme.

Quelles sont les priorités dans votre pays, quant au respect des droits des femmes?

Les priorités sont d'appuyer certains droits : le droit à l'éducation est le premier, suivi de près par le droit à la santé. Aujourd'hui, les femmes ne peuvent aller se faire soigner qu'avec la permission de leur mari. J'ai rencontré cette femme souffrante qui me disait qu'elle n'osait pas en parler à mari. Nous devons leur expliquer que se soigner est un Droit. Comme priorités nous avons aussi le droit à l'autorité parentale, et le droit à l'accès aux terres. On peut en fait dire que la priorité est le droit à l'épanouissement.

Si vous aviez une demande à faire à votre Président, quelle serait-elle? Si vous pouviez changer UNE chose ( une loi, une pratique, une politique ) pour les femmes dans votre pays, quelle serait-elle?

Je demanderais à ce que les hommes se sacrifient pour donner aux femmes du poids, pour qu'elle puisse s'exprimer, qu'elles connaissent et fassent respecter leurs Droits, qu'elles se fassent enfin respecter.

Entretien réalisé par Claire Hoi

Wednesday 22 April 2009

La RDC ratifie le Protocole sur les droits des femmes en Afrique!

Depuis le 9 février 2009, la République Démocratique du Congo a ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes.

La RDC est le 26 ème Etat du continent à ratifier le Protocole à la CADHP relatif aux droits des femmes et le second Etat d'Afrique Centrale, après le Rwanda en 2004, à franchir ce pas significatif.

La campagne se félicite de cette avancée. Toutefois, il ne s'agit que d'une promesse qui devra par la suite être suivie d'effets. Les acteurs de la campagne "l'Afrique pour les droits des femmes" attendent maintenant des actions concrètes démontrant la volonté des autorités congolaises de respecter leurs engagements internationaux. Enfin, la campagne appelle la RDC à ratifier et respecter le Protocole à la Convention CEDAW qui permet aux femmes victimes de violations de leurs droits de déposer des plaintes devant un comité des Nations Unies.

A quoi sert ce Protocole ? Cette convention régionale, adoptée sous l'égide de l'Union Africaine à Maputo (Mozambique) en 2003 à la suite d’une lutte acharnée des organisations africaines de défense des droits des femmes, est entrée en vigueur en 2005. Ce texte oblige les Etats à garantir aux femmes leurs droits fondamentaux. Certains des droits et obligations énumérés sont particulièrement pertinents dans le contexte africain comme la prohibition des pratiques traditionnelles néfastes (excision, lévirat, sororat, mariage précoce, forcé...) ou l’obligation d’apporter une protection spécifique aux femmes dans les conflits armés. Ce Protocole représente par ailleurs une avancée considérable en matière de droits reproductifs. Cinq ans après son adoption, 27 Etats ne l'ont toujours pas ratifié.

Congo_Rep_Dem_carte.gif

Thursday 19 March 2009

La recherche d’une égalité en droit : un combat valable pour tous les continents

Extraits du discours de Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH prononcé à la veille de la journée internationale de la femme, le 7 mars 2009, à l'occasion d'un débat organisé par le mouvement laïque belge et la Ligue belge des droits de l'Homme, à Charleroi, Belgique

belhasen_s12b.jpg

(...) Pour nous, à la FIDH, la question du respect du droit des femmes est une priorité de notre action. Au quotidien.

Demain, ce 8 mars 2009, plus d’une centaine d’organisations, présentes sur tout le continent africain, lanceront une campagne de sensibilisation et de plaidoyer pour mettre un terme aux discriminations et aux violences à l’égard des femmes en Afrique.

En effet, dans la majorité des pays africains, la discrimination demeure ancrée en droit et en fait : les femmes se voient refuser l’égalité des droits à l’héritage, à la propriété, à la tutelle et à la garde des enfants, et doivent se soumettre à l’autorité du mari. Les femmes ont un accès restreint et inégalitaire à l’éducation, aux soins, aux affaires publiques et peinent à faire valoir leurs droits devant la justice. Les violences contre les femmes persistent dans les sphères publiques et privées. A travers tout ce continent, les femmes continuent à souffrir de violences domestiques et sexuelles, et de pratiques traditionnelles néfastes, telles que les mutilations génitales féminines, les rites de veuvage, le lévirat, les mariages forcés et précoces.

Le but ultime de cette campagne, lancée à l’initiative de la FIDH, est de mettre fin aux violences et discriminations dont les femmes sont victimes sur le continent africain.

Si la mobilisation autour de cette campagne est suffisamment importante pour exercer une réelle pression sur les Etats, les amenant à ratifier les conventions africaines et internationales protectrices des droits des femmes, à supprimer leurs lois et coutumes discriminatoires, à adopter d’autres lois protectrices des droits des femmes et à tout mettre en œuvre pour garantir leur application, la vie des femmes en Afrique pourra changer.

Certes, cette campagne ne va pas empêcher, du jour au lendemain, les viols d’être commis, les excisions d’être pratiquées ou modifier de façon immédiate les stéréotypes concernant le rôle des femmes dans les sociétés.

Toutefois, si des lois existent et sont appliquées pour sanctionner ces violences et pour donner aux femmes un statut égal à celui de l’homme, alors les auteurs de ces pratiques pourront être arrêtés et les femmes ne seront plus continuellement lésées face à leurs frères ou époux, ou marginalisées dans la sphère publique.

Ce n’est qu’avec l’obtention d’une égalité en droit et en fait, et la fin de l’impunité pour les auteurs de violences et crimes sexuels, que les mentalités pourront alors évoluer dans le sens du respect des droits humains des femmes.

Ce rappel de la recherche d’une égalité en droit n’est pas un combat uniquement valable pour tel ou tel continent. Il doit être accompli sous toutes les latitudes, y compris en Belgique.

La Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (CEDAW), adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1979, est le texte de référence en matière de protection des droits des femmes, au niveau international. Elle énumère les obligations des Etats de mettre un terme aux discriminations à l’égard des femmes dans les sphères publiques et privées et de promouvoir l’égalité et préconise la modification des schémas socioculturels de l’homme et de la femme afin d’éliminer les préjugés fondés sur l’idée d’infériorité des femmes et des rôles stéréotypés des deux sexes.

Ainsi, récemment, la FIDH a aidé son affilée belge, la Ligue des droits de l’Homme, en lui permettant d’évoquer le respect du droits des femmes en Belgique auprès d’un comité d’experts de l’ONU.

Dans ses recommandations émises à l’automne dernier, ce Comité a attiré, de façon récurrente, l’attention du Gouvernement belge sur les points suivants :

- le manque de coordination des actions entamées

- l’absence d’évaluation de l’impact des mesures,

- la persistance de bon nombre d’inégalités (sur le plan salarial par exemple)

Le Comité demandait aussi à la Belgique :

  • de veiller à ce que les hommes et les femmes puissent participer sur un pied d’égalité aux affaires politiques et publiques de l’État
  • de multiplier ses efforts pour éliminer les images et les attitudes stéréotypées concernant le rôle et la responsabilité des femmes et des hommes, qui perpétuent la discrimination directe et indirecte à l’égard des femmes

Je n’ignore pas que madame la Ministre pour l’égalité des chances, que je salue, a très rapidement fait part au Parlement de sa volonté d’appliquer au mieux ces recommandations internationales.

Tant mieux mais la vigilance de la société civile doit rester de mise. (...)

Tuesday 10 March 2009

Les femmes d'Afrique haussent le ton

belhasen_s12b.jpg

Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH

Le 8 mars, les organisations de femmes africaines ont lancé une vaste campagne visant à inciter les États à « ratifier et respecter » la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (Cedef). Cette année, le plus important des textes internationaux relatifs aux droits des femmes fête en effet ses 30 ans. Et les femmes africaines ont bien l’intention de saisir cette occasion pour interpeller leurs dirigeants.

Jamais un texte aussi méconnu n’a eu autant d’implications au niveau local, en particulier sur le continent. Des centaines d’organisations s’appuient quotidiennement sur la Cedef pour dénoncer les carcans législatifs et sociétaux qui pèsent sur les femmes. Grâce au soutien de deux Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi et Desmond Tutu, ainsi qu’à l’appui de la FIDH et de cinq organisations régionales africaines luttant pour les droits de l’homme, de multiples actions de terrain seront entreprises durant les deux prochaines années. Marches, défilés, conférences de presse, caravanes, sensibilisation de lycéens et de collégiens, ateliers, pétitions et même propositions de loi pour des quotas de femmes dans les assemblées législatives… Une quarantaine de pays africains s’apprêtent désormais à vivre au rythme d’une mobilisation renforcée.

Il était temps. Car si la plupart des pays africains ont ratifié la Cedef, il s’agissait manifestement de faire bonne figure, notamment auprès de certains bailleurs internationaux. Pour preuve, beaucoup d’États du continent n’ont pas pris la peine de la faire respecter, ou émettent de telles réserves – notamment sur l’héritage, le mariage, ou le divorce – qu’elle se trouve vidée de tout son sens. Or elle concerne directement le respect et la protection de la dignité humaine des femmes.

Outre les atteintes intolérables à leur intégrité physique – traditionnelles comme les mutilations génitales, ou plus récentes comme les viols systématiques utilisés comme arme de guerre –, les inégalités devant la loi sont encore le lot quotidien de millions de femmes et de jeunes filles africaines. Le fait qu’elles soient souvent considérées comme le pilier économique et social de la famille ne les place pas à l’abri de toutes les formes de discriminations, bien au contraire…

Certes, des combats ont d’ores et déjà abouti dans certains pays, comme le Sénégal et le Burkina Faso, à une réelle prise de conscience et à un abandon progressif des mutilations génitales féminines. Au Bénin, la loi a été modifiée dans un sens plus favorable aux femmes. Au Mali, un nouveau code de la famille, moins discriminatoire, est en voie d’adoption par les députés. Mais ces avancées sont encore bien timides, et les inégalités en matière de droits des femmes demeurent criantes. De fait, seuls deux États du continent, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud, peuvent se prévaloir d’une législation entérinant une véritable égalité entre les sexes.

N’oublions pas non plus que l’Union africaine vient de placer à sa tête, pour un an, le « Guide » libyen Mouammar Kaddafi, peu connu pour ses positions progressistes dans le domaine des droits de l’homme. Le « roi des rois traditionnels d’Afrique », comme il aime désormais se faire appeler, n’incitera certainement pas les autres chefs d’État à faire respecter la Cedef, du moins si l’on en juge par les réserves qu’il a lui-même fait poser à ce texte au nom du respect de la charia.

On le voit, le chemin est encore long avant que la situation des Africaines ne s’améliore durablement. Il faudra beaucoup de détermination de la part des sociétés civiles pour arriver à sensibiliser les dirigeants du continent au problème du respect des droits des femmes. C’est le sens de la campagne qui a été lancée lors de la Journée internationale du 8 mars. Les femmes africaines savent qu’elles n’obtiendront rien sans combattre. Et notre devoir à tous – hommes ou femmes – est plus que jamais de les y aider.

Tribune publiée dans la page "Forum" de l'hebdomadaire Jeune Afrique daté du 10 mars 2009

"Finalement l'homme se dit : je l'ai achetée..."

Madeleine Affité, présidente de la Maison des Droits de l'Homme du Cameroun, revient sur la situation des femmes dans son pays, et sur les activités de son organisation dans ce domaine.

Elle explique que la plupart des femmes victimes de violence conjuguale ne connaissent pas leurs droits, sont démunies par rapport à leurs maris, et souvent acceptent leur condition, comme si la dot offerte par le mari à la famille de l'épouse lui accordait un droit de propriété sur sa femme. Dans la vie publique, malgré certaines avancées pour les femmes, de nombreux postes leur sont encore inccessibles et les femmes souffrent de discrimination. Elle précise que ce manque de considération pour les femmes est dûe à l'absence de lois protectrices de leurs droits au Cameroun. Le code de la famille étant encore "en gestation", aucune loi ne protège les femmes et les filles dans la sphère privée.
Le rôle de l'association de Madeleine Affité est d'aider les femmes victimes de violence et de discrimination, en les accompagnant en justice si elles le désirent.