Perpetue Kanyange, présidente du Centre de paix pour femmes nous parle de son expérience en tant que défenseure des droits des femmes au Burundi
Qu'est ce que d'être une femme défenseure au Burundi ? Quelles ont été les expériences les plus marquantes dans votre combat pour les droits des femmes ?
Etre une femme défenseure est une expérience positive. La lutte pour les droits des femmes aboutit, lentement, sur de nombreux plans à des résultats positifs. Toutefois, certains défis sont plus complexes que d'autres. En tant que défenseurs des droits des femmes nous devons nous unir et travailler en collaboration pour éviter de perdre du temps et de l'énergie à faire des plaidoyer qui n'aboutissent pas. Certains combats ne passent pas ou difficilement dans les mentalités et il ne faut pas s'y aventurer seul. L'une des expériences les plus marquantes a été le plaidoyer que nous avons mené pour le droit des femmes à hériter de la terre: nous nous sommes heurtées à des critiques provenant de toutes parts, de toute la population, politiques, collègues... Nous nous sentions découragées. Nous nous demandions si nous devions continuer, abandonner, attendre? Nous étions frustrées parce que cet enjeu représente la base de notre lutte. Les femmes subissent des violences parce qu'elles sont déconsidérées dans la société burundaise. Cette dévalorisation est dûe au fait qu'elles n'ont pas accès à la gestion du quotidien, en raison des discriminations, comme en matière d'héritage, qui les empêchent de devenir propriétaires.
Pourquoi vous êtes vous engagée dans la campagne « l'Afrique pour les droits des femmes »?
Nous avons évalué ce qui a été fait par les femmes au Burundi, et depuis l'indépendance, un pas considérable a été franchi. Les changements sont lents mais positifs. Mais nous nous rendons compte qu'individuellement, nous ne pouvons rien. L'union fait la force, en tant que burundaises, seules, on ne peut rien. Si nous nous unissions, notre plaidoyer aura plus de poids. De plus, certains problèmes ne peuvent se résoudre qu'au niveau africain. Le fait que notre pays s'engage dans de grands ensembles, sous-région, région, est positif. Certains problèmes, comme les discriminations et les violences à l'égard des femmes sont des défis communs que nous devons affronter ensemble. Les luttes régionales permettent de faire pression sur le Burundi, qui ne veut pas être stigmatisé comme un pays ne respectant pas les droits de l'homme, dont les droits des femmes font partie.
Quelles sont d'après vous les luttes prioritaires à mener au Burundi pour les droits des femmes?
Les textes internationaux doivent être ratifiés, les textes nationaux doivent respecter l'égalité entre les hommes et les femmes et ne plus comporter de discrimination envers les femmes. Et ils doivent surtout être appliqués! Les domaines où un changement est particulièrement nécessaire sont celui de la gouvernance politique où la représentation des femmes est faible. Nous devons lutter pour décrocher quelques postes, mais rien n'est garantit par la constitution. On se réfère souvent à la coutume. Par ailleurs, le code pénal vient d'être révisé, il comporte des améliorations, mais ce n'est pas suffisant. Avant, les crimes envers les femmes étaient banalisés et les auteurs n'étaient pas sanctionnés. Maintenant, la répression est plus forte, mais des progrès sont encore à faire concernant les définitions des infractions à caractère sexuel et leur répression.
Si vous aviez l'occasion de rencontrer Pierre Nkurunziza, le Président de votre pays, quelles seraient vos revendications principales en tant que présidente du Centre de paix pour femmes et en tant que femme citoyenne du Burundi ?
Je lui demanderai de mettre en application tous les textes qui protègent les femmes, notamment la politique nationale « genre », pour que les femmes puissent se sentir libre de participer à la politique, et que le genre ne soit plus une question annexe.
Si vous pouviez changer une seule chose (une loi, une politique, une pratique...) pour les femmes dans votre pays, laquelle serait elle ?
Ce serait l'accès de la femme à la succession. A partir de là nous pourrions avancer, la femme serait valorisée.





