Extraits du discours de Souhayr Belhassen, présidente de la
FIDH prononcé à la veille de la journée internationale de la
femme, le 7 mars 2009, à l'occasion d'un débat organisé par le mouvement laïque
belge et la Ligue belge des droits de l'Homme, à Charleroi, Belgique

(...) Pour nous, à la FIDH, la question du respect du droit des femmes est
une priorité de notre action. Au quotidien.
Demain, ce 8 mars 2009, plus d’une centaine d’organisations, présentes sur
tout le continent africain, lanceront une campagne de sensibilisation et de
plaidoyer pour mettre un terme aux discriminations et aux violences à l’égard
des femmes en Afrique.
En effet, dans la majorité des pays africains, la discrimination demeure
ancrée en droit et en fait : les femmes se voient refuser l’égalité des
droits à l’héritage, à la propriété, à la tutelle et à la garde des enfants, et
doivent se soumettre à l’autorité du mari. Les femmes ont un accès restreint et
inégalitaire à l’éducation, aux soins, aux affaires publiques et peinent à
faire valoir leurs droits devant la justice. Les violences contre les femmes
persistent dans les sphères publiques et privées. A travers tout ce continent,
les femmes continuent à souffrir de violences domestiques et sexuelles, et de
pratiques traditionnelles néfastes, telles que les mutilations génitales
féminines, les rites de veuvage, le lévirat, les mariages forcés et
précoces.
Le but ultime de cette campagne, lancée à l’initiative de la FIDH, est de
mettre fin aux violences et discriminations dont les femmes sont victimes sur
le continent africain.
Si la mobilisation autour de cette campagne est suffisamment importante pour
exercer une réelle pression sur les Etats, les amenant à ratifier les
conventions africaines et internationales protectrices des droits des femmes, à
supprimer leurs lois et coutumes discriminatoires, à adopter d’autres lois
protectrices des droits des femmes et à tout mettre en œuvre pour garantir leur
application, la vie des femmes en Afrique pourra changer.
Certes, cette campagne ne va pas empêcher, du jour au lendemain, les viols
d’être commis, les excisions d’être pratiquées ou modifier de façon immédiate
les stéréotypes concernant le rôle des femmes dans les sociétés.
Toutefois, si des lois existent et sont appliquées pour sanctionner ces
violences et pour donner aux femmes un statut égal à celui de l’homme, alors
les auteurs de ces pratiques pourront être arrêtés et les femmes ne seront plus
continuellement lésées face à leurs frères ou époux, ou marginalisées dans la
sphère publique.
Ce n’est qu’avec l’obtention d’une égalité en droit et en fait, et la fin de
l’impunité pour les auteurs de violences et crimes sexuels, que les mentalités
pourront alors évoluer dans le sens du respect des droits humains des
femmes.
Ce rappel de la recherche d’une égalité en droit n’est pas un combat
uniquement valable pour tel ou tel continent. Il doit être accompli sous toutes
les latitudes, y compris en Belgique.
La Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de
discriminations à l’égard des femmes (CEDAW), adoptée par l’Assemblée générale
de l’ONU en 1979, est le texte de référence en matière de protection des droits
des femmes, au niveau international. Elle énumère les obligations des Etats de
mettre un terme aux discriminations à l’égard des femmes dans les sphères
publiques et privées et de promouvoir l’égalité et préconise la modification
des schémas socioculturels de l’homme et de la femme afin d’éliminer les
préjugés fondés sur l’idée d’infériorité des femmes et des rôles stéréotypés
des deux sexes.
Ainsi, récemment, la FIDH a aidé son affilée belge, la Ligue des droits de
l’Homme, en lui permettant d’évoquer le respect du droits des femmes en
Belgique auprès d’un comité d’experts de l’ONU.
Dans ses recommandations émises à l’automne dernier, ce Comité a attiré, de
façon récurrente, l’attention du Gouvernement belge sur les points
suivants :
- le manque de coordination des actions entamées
- l’absence d’évaluation de l’impact des mesures,
- la persistance de bon nombre d’inégalités (sur le plan salarial par
exemple)
Le Comité demandait aussi à la Belgique :
- de veiller à ce que les hommes et les femmes puissent participer sur un
pied d’égalité aux affaires politiques et publiques de l’État
- de multiplier ses efforts pour éliminer les images et les attitudes
stéréotypées concernant le rôle et la responsabilité des femmes et des hommes,
qui perpétuent la discrimination directe et indirecte à l’égard des femmes
Je n’ignore pas que madame la Ministre pour l’égalité des chances, que je
salue, a très rapidement fait part au Parlement de sa volonté d’appliquer au
mieux ces recommandations internationales.
Tant mieux mais la vigilance de la société civile doit rester de mise.
(...)