Cahier d'Exigences: Mauritanie
By FIDH on Friday 5 March 2010, 10:22 - RATIFY! / RATIFIER! - Permalink
RATIFIER ! Bien que la Mauritanie ait ratifié la Convention
sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
(CEDAW), l’Etat y a émis une réserve générale : seuls les articles en
concordance avec la Sharia et avec la Constitution mauritanienne seraient
appliqués. La Coalition de la campagne souligne que cette réserve viole le
droit international, n’étant pas compatible avec l’objet et le but de la
Convention.
La Mauritanie a ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de
l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de
Maputo), mais n’a pas ratifié le Protocole facultatif à la CEDAW.
RESPECTER ! La Coalition de la campagne est
particulièrement préoccupée par: la persistance de dispositions législatives
discriminatoires; les pratiques traditionnel- les néfastes, telles que les
mariages précoces et forcés et les mutilations génitales féminines; les
violences contre les femmes ; l’esclavage ; l’accès limité des femmes
à l’éducation, au marché du travail et à la santé.
QUELQUES AVANCEES...
La Coalition de la campagne reconnaît quelques développements positifs
relatifs aux droits des femmes au cours des dernières années, tels que
:
- L’adoption d’une loi en 2007 incriminant et réprimant les pratiques
esclavagistes.
- L’adoption en 2006 d’un décret établissant un quota de 20% de femmes sur
les listes des candidats aux élections municipales et parlementaires. Grâce à
cette réforme, les femmes représentent 33 % des élus dans les municipalités et
respectivement 17,9 % et 17 % au Sénat et à l’Assemblée nationale.
- L’adoption d’une disposition législative rendant l’accès à l’enseignement
de base obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 14 ans.
MAIS LES DISCRIMINATIONS ET LES VIOLENCES
PERSISTENT
Dans la Loi
La législation mauritanienne demeure profondément discriminatoire, notamment
dans le domaine de la famille. Parmi les dispositions législatives
discriminatoires figurent :
Le code du statut personnel adopté en 2001 est
discriminatoire à l’égard de la femme qui reste une éternelle mineure :
Bien que l’âge du mariage soit fixé à 18 ans, un mineur peut être marié par son
tuteur (weli ) “s’il y voit un intérêt évident” (art. 6). De plus, si l’article
5 définit le consentement comme une condition de validité du mariage, “le
silence de la jeune fille vaut consentement”(art. 9). Une femme mariée n’a pas
le droit de gérer ses biens, ni ceux de ses enfants sans l’accord de son mari.
La répudiation de la femme, objet d’un chapitre entier, est autorisée, tout
comme la polygamie si la femme ne s’y est pas opposée dans son contrat de
mariage (art. 28). C’est le cas de la majorité des mariages, par manque de
connaissance des droits. Dans le cadre d’un divorce pour tort, il n’y a
compensations que si la femme est fautive (art. 102) : dans le cas
inverse, elle se retrouve démunie. Après un second mariage, elle perd le droit
de garde de ses enfants. En cas de décès de la femme active quel que soit le
poste qu’elle occupait, les ayants droit n’ont accès à aucune
pension.
Le code de la nationalité 1961 limite le droit de la femme
de transmettre sa nationalité à ses enfants (art. 13).
Le code pénal : Tout acteur d’une procédure
d’avortement est puni d’une amende et d’une peine d’emprisonnement (art. 293).
La sanction des crimes d’attentats à la pudeur sans leur précision exacte (art.
306) entraine des abus de condamnation.
Dans la Pratique
L’application effective des lois relatives à la protection des droits des
femmes se heurte au poids des traditions et à la conception patriarcale de la
société qui main- tiennent la femme mauritanienne dans une position
d’infériorité.
Discriminations dans la famille
Faute d’accès à l’information, le recours au mariage religieux est répandu,
ne proté- geant pas légalement les femmes faute de reconnaissance civile. Dans
ce cadre, la pratique du mariage des jeunes filles de moins de 18 ans
persiste.
''L’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF) répertorie chaque jour un
nombre important de cas de filles mineures mariées de force. Oumoulkheiry Mint
Sidi Mohamed a été mariée de force à 4 ans puis a divorcé à l’âge 6 ans ;
Maya Mint Mohamed, orphe- line de père de 11 ans a été mariée à un homme de 49
ans ; El Moumna Mint Sidi Boya, 10 ans, mariée à un homme de 65 ans...''
Source : AFCF
Les pratiques du lévirat et du sororat sont aussi particulièrement
répandues.
''Melle Houraye DEMBA, est une jeune orpheline de 14 ans mariée de force au
mari de sa grande sœur décédée. Portée devant la justice, l’affaire a été
classée sans suite après instruction, au motif selon lequel le mariage avait
été consommé, quand bien même la jeune fille avait déclaré avoir été kidnappée
et violée.'' Source : Association Mauritanienne des Droits de
l’Homme
Violences
Aucune législation spécifique n’existe sur les violences à l’égard des
femmes, faute de quoi les violence domestiques, les viols et d’autres formes
d’abus sexuel demeurent largement répandus. La sanction des auteurs de viols
est rarement appliquée (art. 309 et 310 du Code pénal), et les femmes victimes
sont susceptibles d’être condamnées pour Zina (crime d’adultère puni par la
Sharia et le Code pénal mauritanien). Le viol conjugal n’est pas
criminalisé.
L’excision, pratique répandue, n’est criminalisée que chez les mineures et
uniquement “lorsqu’il en a résulté un préjudice pour l’enfant” (art.12 de l’ordonnance 2005-015 portant
protection pénale de l’enfant).
Le gavage, engraissement intensif forcé des jeunes filles pouvant faire
appel à des moyens de cœrcition violents, reste répandu et n’est ni reconnu ni
interdit par la loi. En 2001, 62 % des femmes gavées avaient été battues et un
tiers des femmes avaient subit l’utilisation du zayar. En 2008, l’AFCF a
documenté 148 cas de jeunes filles et de femmes victimes de gavages
traditionnel et moderne, dont 12 sont décédées suite à l’administration de
pilules destinées aux oiseaux.
Esclavage
En dépit de la loi de 2007 criminalisant l’esclavage et les pratiques
esclavagistes et de l’interdication du travail forcé par le Code du travail,
l’esclavage persiste mas- sivement en Mauritanie, notamment sous la forme de
l’exploitation dans le cadre du travail domestique. Les femmes sont
particulièrement vulnérables aux abus, y compris sexuels. En 2008, l’AFCF a
relevé 202 filles domestiques mineures victimes d’abus sexuels.
Obstacles à l’accès à l’éducation
Le manque d’accès à l’éducation des jeunes filles persiste malgré
l’existence de dispositions légales la rendant obligatoire jusqu’à 14 ans en
sanctionnant le refus de scolariser un enfant. Le taux d’analphabétisme est
très élevé. Leur scolarisation chute dès 12 ans, âge auquel les filles peuvent
travailler et deviennent des épouses potentielles.
Obstacles à l’accès à l’emploi
Aucune mesure spécifique pour éliminer la discrimination de fait au travail,
ni de loi prohibant le harcèlement sexuel n’existe. Les femmes restent
sur-représentées dans le secteur non structuré sans protection sociale et n’ont
pas accès à certains emplois dans la magistrature ou aux postes de décision
dans l’administration publique.
Obstacles à l’accès à la santé
Les services de santé surtout en milieu rural restent insuffisants,
notamment quant aux soins prénataux et postnataux, à la planification
familiale. Le taux de grosses- ses précoces est très élevé, et l’insuffisance
de traitement des fistules obstétricales entraine de forts taux de mortalités
maternelle et infantile. Enfin, l’interdiction totale de l’avortement entraîne
un préjudice grave aux femmes en situation de grossesse à risques, tout en
encourageant le recours à des avortements non-médicalisés.
LA COALITION DE LA CAMPAGNE DEMANDE AUX AUTORITES DE MAURITANIE DE
:
- Réformer ou abroger toutes les lois discriminatoires,
conformément à la CEDAW et au Protocole de Maputo, notamment au sein du Code du
statut personnel, du Code sur la nationalité et du Code pénal.
- Renforcer les lois et politiques visant à lutter contre les
violences à l’égard des femmes, notamment en adoptant une loi
spécifique criminalisant toutes les formes violences à l’égard des
femmes ; en assurant les poursuites et les condamnations des auteurs de
violences ; en éliminant de manière définitive l’inculpation des victimes
de viol ; en étendant la prohibition des MGF aux femmes majeures; et en
mettant en place des foyers d’accueil des victimes.
- Mettre en place toutes les mesures nécessaires pour garantir
l’accès à l’éducation des filles, y compris en instaurant un mécanisme
strict de suivi de leur éducation assurant le maintien des jeunes filles à
l’école.
- Améliorer l’accès des femmes aux soins de santé, y compris
à la planification familiale ; mettre en place des programmes d’éducation
sexuelle à l’attention des filles et des garçons ; et légaliser
l’avortement.
- Mettre en place des programmes de sensibilisation aux droits des
femmes à l’égard de tous les acteurs impliqués dans l’application des
lois (responsables gouvernementaux, magistrats, avocats, agents de police,
chefs religieux et dirigeants communautaires tradtionnels) ; mettre en
place des services d’assistance juridique, des numéros d’urgence, des services
d’écoute et d’orientation au sein du système judiciaire, d’assistance
financière ; et intégrer une éducation citoyenne et en droits humains au
cursus scolaire, mettant en lumière les droits des femmes.
- Ratifier le protocole facultatif à la CEDAW
- Lever la réserve générale émise à la CEDAW et mettre en œuvre
toutes les recommandations émises par le comité CEDAW, en mai
2007.
PRINCIPALES SOURCES
- Points focaux : AMDH, AFCF
- L’Association mauritanienne des pratiques ayant effet sur la santé des
femmes et des enfants (AMPSFE)
- Recommandations du Comité CEDAW, juin 2007
- Mémorandum de l’AFCF sur les insuffisances du Code du Statut
Personnel
LES POINTS FOCAUX DE LA CAMPAGNE EN MAURITANIE
L’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme
(AMDH)
Créée en 1991, l’AMDH est une ONG de défense et de promotion des droits de
l’Homme, en Mauritanie et dans la sous-région, menant des actions de
surveillance, de protection, d’éducation, de sensibilisation et de
vulgarisation des droits humains. Ses principales activités dans le domaine des
droits des femmes sont le conseil et la représentation juridiques, la
formation, la sensibilisation et le plaidoyer.www.amdhrim.com
L’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF) L’AFCF est
une ONG luttant contre les violences faites aux femmes, le trafic et la
maltraitance des femmes et des filles, le gavage et la médiation en cas de
conflits familiaux. L’AFCF forme des leaderships féminins et œuvre en faveur de
la participation politique des femmes, l’amélioration des juridictions
nationales, la ratification et le respect des instruments internationaux, la
levée de la réserve à la CEDAW et l’application des lois de protection des
droits des femmes.www.afcf.asso.st
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