Cahier d'Exigences: Djibouti
By FIDH on Friday 5 March 2010, 09:57 - RATIFY! / RATIFIER! - Permalink
RATIFIER ! Si Djibouti a ratifié la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
(CEDAW) et le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des
peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), l’Etat
n’a toujours pas ratifié le Protocole facultatif à la CEDAW.
RESPECTER ! La Coalition de la campagne est
particulièrement préoccupée par : la persistance de dispositions
législatives discriminatoires ; les violences à l’égard des femmes ;
et l’accès limité à l’éducation, aux postes de prise de décision, à l’héritage
et à la santé.
QUELQUES AVANCEES...
La Coalition de la campagne reconnaît quelques développements positifs
relatifs aux droits des femmes à Djibouti au cours des dernières années, tels
que :
- La création en 2008 d’un ministère de la Promotion de la femme, du
Bien-être familial et des Affaires sociales.
- La mise en place de la Cellule d’écoute, d’information et d’orientation des
femmes et des filles victimes de violence, opérationnelle depuis
2007.
- La mise en place depuis 2004 d’un Cadre d’action pour la promotion de
l’éducation des filles (CAPEF), ainsi que des programmes d’alphabétisation des
adultes ciblant particulièrement les femmes.
MAIS LES DISCRIMINATIONS ET LES VIOLENCES
PERSISTENT
Dans la Loi
Si la Constitution consacre l’égalité de l’homme et de la femme, des lois
discriminatoires persistent, notamment au sein du Code de la famille, adopté en
2002. Par exemple :
Les conditions de validité du mariage : L’article 7 du
Code prévoit que “le mariage n’est formé que par le consentement des deux époux
et du tuteur de la femme”. Selon cette disposition, la fixation du Mahr (dot)
est également une condition pour la validité du mariage.
Les mariages forcés et précoces : Si l’article 13 fixe
à 18 ans l’age légal du mariage, l’article 14 prévoit que “Le mariage des
mineurs qui n’ont pas atteint l’âge de la majorité légale est subordonné au
consentement de leurs tuteurs”.
Le pouvoir marital : Selon l’article 31 “La femme doit
respecter les prérogatives du mari en tant que chef de famille et lui doit
obéissance dans l’intérêt de la famille. Le mari et la femme doivent remplir
leurs devoirs conjugaux, conformément aux usages et à la coutume”.
La polygamie est autorisée par l’article 22. Bien que cette
disposition donne la possibilité à toute épouse de remettre en cause un nouveau
mariage de son mari, de nombreux mariages demeurent polygames (11,2 % selon une
enquête de 2004).
Le délai de viduité : Selon les articles 42 et 43, la
femme doit observer un délai de viduité après un divorce ou la mort de son
époux de la façon suivante : “La femme divorcée, non enceinte, observera
un délai de viduité de trois mois accomplis. Pour la veuve, ce délai est de
quatre mois et dix jours accomplis. Le délai de viduité de la femme enceinte
prend fin avec l’accouchement.”
De plus, la loi coutumière basée sur la Sharia, et qui continue de s’appliquer dans de nombreux cas, est profondément discriminatoire à l’encontre des femmes, notamment en matière de succession, de divorce et de liberté de déplacement. Par exemple, les femmes n’ont pas le droit de voyager à l’extérieur du pays sans l’autorisation d’un parent adulte de sexe masculin.
Dans la Pratique
De façon générale l’application de lois visant à protéger les droits des femmes à Djibouti se heurte à des obstacles majeurs, notamment : à leur méconnaissance par les femmes; de nombreuses difficultés structurelles, notamment l’extrême pauvreté du pays et le manque de ressources ; ainsi qu’au poids des traditions et des stéréo- types sur le rôle de la femme dans la société.
Violences
Si le Code pénal djiboutien réprime plusieurs formes d’actes de violences,
telles que le viol, les actes de torture et “les actes de barbaries” (articles
324 et suivants), les violences domestiques ne sont pas criminalisées de façon
explicite et le viol conjugal n’est pas criminalisé. Les violences domestiques
sont très répandues à Djibouti et rarement dénoncées. De telles violences sont
souvent réglées dans le cadre familial ou traditionnel.
Concernant les mutilations génitales féminines (MGF), malgré les efforts
entrepris par le gouvernement, notamment depuis 2005, qui a mis en place de
grandes campagnes de sensibilisation impliquant des leaders religieux et
communautaires, ces pratiques persistent à Djibouti. Ainsi en 2008, près de 93
% des femmes avaient subi une forme de MGF, traditionnellement opérées sur des
filles entre 7 et 10 ans. L’infibulation, forme la plus sévère de MGF, continue
à être très largement pratiquée, en particulier dans les zones rurales. Bien
que la révision du Code pénal de 1995 ait introduit l’article 333 qui punit les
violences amenant à la mutilation génitale de cinq ans de prison et d’une
amende de un million de francs djiboutien, personne n’a jamais été inculpé pour
ce motif.
Obstacles à l’accès à l’éducation
Bien que la scolarisation soit gratuite et, depuis 2002, obligatoire jusqu’à
l’âge de seize ans, et malgré la prise de mesures incitatives (telles que le
repas offerts aux enfants dans les cantines scolaires, la distribution de
fournitures scolaires, de vêtements pour les filles nouvellement inscrites, la
distribution de vivres pour les familles qui scolarisent leur fille, etc.) les
taux de scolarisation des filles demeurent très bas : 34 % dans
l’enseignement primaire et 17 % dans le secondaire pour la période 2000-2007
selon l’UNICEF.
Aussi bien en ville que dans les zones rurales, la scolarisation de l’enfant
appelle à des dépenses parfois trop importantes dans le budget d’une famille à
faible revenu ; la priorité est donc souvent donnée à la scolarisation des
garçons considérés comme futurs chefs de famille.
Sous représentation dans la vie publique et
politique
Les femmes djiboutiennes restent sous représentées aux postes de
responsabilités et sont pratiquement exclues de l’ensemble des sphères de
décision dans le secteur public ; elles ne représentent que 9 % des agents
de l’Etat appartenant à la catégorie A, catégorie hiérarchique la plus élevée.
Au dernier scrutin législatif de février 2008, seules 9 femmes ont été élues
sur 65 députés, soit 13,85 %. Si une loi sur le système de quota a été adoptée
en 2002, afin de renforcer la représentation des femmes dans les postes de
prise de décision, elle fixe à seulement 10 % le nombre minimum de femmes dans
les fonctions électives et administratives.
Obstacles à l’accès à l’héritage
Malgré les dispositions du Code de la famille qui consacre l’égalité entre
hommes et femmes dans ce domaine (art. 101 et suivants), dans la pratique, les
femmes continuent à être généralement lésées dans les processus de succession
au profit des hommes de leur famille.
Obstacles à l’accès à la santé
Les femmes djiboutiennes souffrent d’un manque d’accès à des services de
santé adéquats, notamment en raison du manque d’infrastructures sanitaires et
de res- sources humaines et financières. La fécondité élevée, la faible
couverture en soins obstétricaux d’urgence et la persistance de pratiques
sociales néfastes (excision, infibulation) affectent gravement la santé des
femmes et expliquent la persistance d’une mortalité maternelle très importante
(évaluée à 650 pour 100 000 naissances vivantes en 2005).
LA COALITION DE LA CAMPAGNE DEMANDE AUX AUTORITES DE DJIBOUTI DE
:
- Réformer toutes les lois discriminatoires de façon à assurer leur
conformité avec la CEDAW et le Protocole de Maputo, notamment les
dispositions discriminatoires du Code de la famille.
- Harmoniser le droit statutaire et le droit coutumier, en conformité
avec la CEDAW et le Protocole de Maputo, et assurer qu’en cas de
contradiction le droit statutaire prévale, notamment sur les questions
d’héritage, de divorce et de libre-circulation.
- Renforcer les lois et politiques pour lutter contre les violences à
l’égard des femmes, et notamment : adopter une loi spécifique
interdisant toutes les formes de violences faites aux femmes, y compris les
violences domestiques et le viol conjugal ; mettre en place des programmes
de formation du personnel chargé d’appliquer les lois sur les violences ;
mettre en place des campagnes de sensibilisation à destination de la
population ; allouer des moyens financiers supplémentaires à la lutte
contre les violences domestiques et renforcer le mandat opérationnel de la
Cellule d’écoute, d’information et d’orientation des femmes et des filles
victimes de violence.
- Prendre des mesures visant à éliminer les obstacles à l’éducation
des filles et des femmes, notamment pour assurer un accès égal à tous
niveaux d’éducation, le maintien des filles dans le système éducatif ;
mettre en place des programmes de sensibilisation pour dépasser les stéréotypes
et les attitudes traditionnelles ; augmenter le budget destiné à
l’éducation, permettant notamment la construction d’infrastructures scolaires
et une meilleure formation des enseignants.
- Prendre des mesures visant à favoriser l’accès des femmes aux
postes de prise de décision, y compris en réformant la loi sur le
quota pour augmenter le pourcentage minimum.
- Prendre des mesures destinées à assurer à toutes les femmes un
accès à des soins de santé, y compris des services de soins
obstétriques et de planification familiale, notamment : en lançant des
campagnes de sensibilisation pour informer la population sur les moyens de
contraception ; en assurant l’accès des femmes à la contraception, en
particulier dans les zones rurales ; et en allouant des fonds
supplémentaires à la santé afin d’augmenter le nombre d’infrastructures
sanitaires et de personnel qualifié et la qualité des soins.
- Adopter toutes les mesures nécessaires pour réformer ou éliminer
les pratiques culturelles et les stéréotypes qui discriminent les
femmes, à travers des programmes de vulgarisation des textes de loi et
de sensibilisation à destination des hommes et des femmes, y compris les
responsables gouvernementaux, les chefs religieux, les dirigeants
communautaires et traditionnels.
- Ratifier le protocole facultatif à la CEDAW.
PRINCIPALES SOURCES
- Point focal : LDDH
- UNICEF, www.unicef.org
- L’OIF, www.genre.francophonie.org
- L’Union interparlementaire, www.ipu.org
- PNUD Djibouti
LE POINT FOCAL DE LA CAMPAGNE A DJIBOUTI
Ligue djiboutienne des droits humains
(LDDH)
Créée en 1999, la ligue djiboutienne mène de nombreuses actions pour la
promotion et la défense des droits de l’Homme à Djibouti : surveillance
des violations des droits humains, dénonciations dans le cadre de la prévention
des risques de conflits sociaux, lutte contre l’impunité, activités de
formation et d’information en matière de droits humains.
www.lddh-djibouti.or
DOWNLOAD PDF - ENGLISH VERSION
TELECHARGER PDF - VERSION FRANÇAISE




