Syfia Grands Lacs/RD Congo - Kananga : les femmes portent davantage plainte contre leurs maris
By FIDH on Tuesday 19 May 2009, 16:02 - Permalink
14.05.2009 par Henriette Kumakana
À Kananga, chef lieu de la province du Kasaï Occidental, les femmes
sont de plus en plus nombreuses à traduire leur mari en justice lorsqu’elles
s’estiment lésées. C’est le résultat des actions menées pour le respect des
droits et contre les violences faites aux femmes.
"J’élève seule les enfants depuis plus de 5 ans. J’ai le droit de recevoir
le salaire de leur père pour leur survie et leur éducation. Que la justice
tranche pour lui rappeler ses devoirs et mes droits", affirmait en avril
dernier une femme qui venait de porter plainte contre son mari au tribunal de
paix (Tripaix) de Kananga, au Kasaï occidental, au centre de la RD Congo. Selon
Gilbert Mulumba, greffier principal, il était rare, naguère, que les femmes
accusent ainsi leurs maris en justice.
C’est depuis 2007 que le nombre de plaintes a augmenté pour atteindre 5 à 6 par
mois alors qu’il fallait plusieurs mois, dans le temps, pour en avoir autant.
C’est le résultat d’actions de sensibilisation menées pour la défense des
droits humains et la lutte contre les violences. La division provinciale Genre,
familles et enfants est totalement engagée dans cette dynamique, appuyant des
structures qui mènent à leur tour des actions de sensibilisation pour
encourager les femmes à connaître et défendre leurs droits. Selon Innocent
Mbumba, président de Ligue de la Zone Afrique pour la Défense de Droits des
Enfants et des Femmes, le progrès à Kananga s’explique par l’intensification
des actions menées, tandis qu’à l’intérieur de la province, le manque de moyens
et le poids des coutumes, plus lourd qu’en ville, constituent des freins. La
clinique juridique de cette Ligue a accompagné 18 femmes en justice en 2008 et
déjà 7 depuis le début de l’année, précise Innocent Mbumba.
Résultat encourageant
VK, une jeune femme enceinte qui a porté plainte contre son mari, explique
timidement: "Je connais mes droits suite aux actions menées dans les églises,
dans le quartier et par les médias. Je l’ai accusé par amour pour qu’il
s’amende." Elle précise que son mari la frappe pour qu’elle avoue être une
sorcière et qu’elle reconnaisse son infidélité. Il l’oblige à s’habiller à la
mode, sans jamais, pour autant, lui acheter de vêtements. Le mari ainsi accusé
admet qu’une femme a le droit de traîner son époux en justice, mais seulement
pour des cas frappants comme l’abandon du foyer ou la privation de pensions
alimentaires.
Les activistes des droits humains et les structures locales et internationales
impliquées en matière de droits se félicitent du résultat obtenu. Chantal
Bakambila, chef de division intérimaire de Genre, famille et enfants, explique
que la connaissance des droits des femmes par celles-ci et par les hommes est
déjà un grand pas en avant : "Ils disent comprendre et respecter les
droits de leurs conjointes mais demandent qu’elles ne confondent pas liberté et
libertinage". Pour Joséphine Bitota, doyenne de la faculté de droit à
l’Université de Kananga (UKA), en effet, "Nous sommes dans un pays régi par des
lois qui doivent être appliquées". La hausse des actions en justice a aussi un
effet indirect, selon Paul Loma, préposé à l’État civil de la commune de
Katoka : elle accroît l’enregistrement de mariages à l’État civil,
puisqu’un certificat de mariage est exigé pour aller en justice. On compte
actuellement trois fois plus d’enregistrements par mois qu’avant.
La justice corrige
Les femmes qui accusent leurs époux sont pourtant mal vues. Les gens préfèrent
des arrangements à l’église ou selon les traditions, afin de préserver
l’intimité, la cohabitation, les croyances et les coutumes. Certains n’optent
donc pour la justice qu’en cas d’échec de ces médiations. Comme cette
travailleuse qui dit connaître ses droits, mais s’abstient de recourir à la
justice de peur qu’une malédiction ne tombe sur ses enfants. Son conjoint,
dit-elle, gagne plus de 200 $ par mois, mais lui en envoie seulement 10 depuis
qu’il a une autre femme, mère d’un enfant, tandis qu’elle en a sept. "Je ne
cherche pas la vengeance. Je conscientise mon mari pour qu’il revienne à la
raison. En cas d’échec, j’irai en justice."
Selon le greffier du Tripaix, les difficultés viennent souvent des
belles-familles et des Églises qui lancent des prophéties et ont recours à la
parole de Dieu pour faire prier ces femmes toute la journée. Francy Mbombola,
pasteur du Rhema, une Église de réveil, s’en défend, mais dit privilégier
l’éducation : "Les études, dit-il, favorisent l’équilibre conjugal car une
famille instruite connaît les droits et évite le pire." De son coté, José
Muboyayi, secrétaire provincial des autorités traditionnelles, favorise la
palabre qui "punit et arrange des situations apparemment insolubles, pour
éviter des perturbations pires et arriver à un terrain d’entente".
La doyenne de l’UKA, qui opte pour la justice, rétorque cependant qu’invoquer
l’argument de la paix sociale revient à minimiser les blessures des victimes.
La justice est là pour corriger. Mieux vaut vivre seule qu’être mal mariée,
conclut-elle. De nombreux juristes et des partisans de la médiation, estiment
cependant, à l’inverse, que porter plainte est parfois un moindre mal, mais
toujours le signe d’un échec.
Source: Lire l'article sur le site de Syfia Grands Lacs, Agence de Presse couvrant la RDC, le Rwanda et le Burundi.





Comments
Appel à Barack Obama sur l'avenir de la RD Congo
Le peuple congolais s’est réjoui, dans sa plus grande majorité, de la promesse faite par la Secrétaire d’Etat américaine, Mme Hillary Clinton, lors de sa visite le 11 août dernier dans un camp de réfugiés de l'Est de la République démocratique du Congo ravagé par la guerre, relative à une aide américaine de 17 millions de dollars en faveur de la lutte contre les crimes sexuels commis en masse dans la région depuis le début des conflits armés.
Le peuple congolais a également pris acte du fait que l’administration américaine, par le truchement du chef de sa diplomatie, a affirmé que « ceux qui attaquent les populations civiles en recourant au viol systématique sont coupables de crimes contre l'Humanité ».
Le peuple congolais s’est aussi réjoui que, conformément à sa sollicitation, la patronne de la diplomatique américaine a insisté sur le fait qu’il « ne devrait pas y avoir d'impunité pour la violence sexuelle commise par tant d'individus, qu'il doit y avoir des arrestations, des poursuites et des sanctions ». Dans la même optique, le peuple congolais s’est félicité d’avoir été entendu, quant à la rigueur dans la gestion de la chose publique, car Mme Hillary Clinton a précisé que les Etats-Unis allaient envoyer une équipe d'experts chargés d'émettre des recommandations visant à surmonter le fléau de la corruption en République Démocratique du Congo.
Ainsi, pour que ces bonnes intentions ne restent pas que de vœux pieux, le peuple congolais demande à l’administration américaine :
- de se désolidariser de tous les gouvernements qui remercient les auteurs desdits crimes soit en les incorporant dans les institutions étatiques, soit en refusant leur extradition pour les mettre à l’abri des jugements ;
- de soutenir le peuple congolais dans son combat en vue du respect des droits fondamentaux et d’un vrai processus démocratique ;
- de retirer son assistance aux pays qui participent, d’une manière ou d’une autre, à la déstabilisation de la République Démocratique du Congo ;
- d’exiger des gouvernements congolais et rwandais d’une part l’extradition de Laurent Nkunda vers Kinshasa et, d’autre part, l’arrestation de Bosco Ntaganda en vue de son extradition vers la Cour Pénale Internationale ;
- de reconnaître qu’une vraie réconciliation est le fruit de l’entente naturelle entre deux peuples et non entre seulement deux Etats ;
- de soutenir le dialogue inter-rwandais et inter-ougandais en vue d’une paix durable dans la région des Grands Lacs.
En revanche, s’agissant de la déclaration de la secrétaire d'Etat américaine, à savoir « Nous [les Américains] voulons travailler avec des gens engagés pour un meilleur avenir, et non avec des gens qui se réfèrent au passé », le peuple congolais rappelle que, selon la pensée bantoue, lorsqu’on ne sait pas où l’on va, on n’oublie pas d’où l’on vient.
Aucune Nation digne de cette appellation, aucun peuple qui tient à sa mémoire, ne peuvent faire respectivement abstraction de leur passé : d’où le devoir de mémoire à travers les différentes commémorations ayant trait à des événements précis.
L’amnésie étant la pire des choses qui puissent arriver à un peuple ou à une Nation, le peuple congolais s’appuiera toujours sur son passé pour mieux comprendre le présent et affronter l’avenir en connaissance des causes.
Pour signer cette pétition, prière de cliquer sur le lien ci-contre : http://4784.lapetition.be/