Awatif Ahmed Isshag, journaliste, rédactrice et éditrice d'Al Raheel News Paper, 27 ans, vient du Nord Darfour, elle soutient la campagne « l'Afrique pour les droits des femmes » et écrit des articles sur la vie et les peines des femmes et des hommes....et des arbres au Darfour. Lors de la Commission des droits de l'Homme et des Peuples qui se tient à Banjul (Gambie) du 13 au 27 mai, nous l'avons rencontrée et lui avons demandé pourquoi elle soutient cette campagne.

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Son expérience de femme qui telle une reporter de la guerre quotidienne au Darfour nous livre un exemple de la créativité et du courage des femmes africaines en situation de conflit.

Quelle est votre activité ?

J'ai un petit journal, qui est dédié à la mémoire de ma soeur qui est décédée il y a quelques années. Mon journal s'appelle « Al Raheel » qui signifie, « changer, évoluer, bouger ». J'ai commencé ce journal avant que la guerre n'arrive. J'écris les histoires que je vois, que me racontent les vieilles femmes par exemple. Je raconte les mythes et légendes du Darfour, de l'époque du roi. Depuis que la guerre est arrivée, j'ai choisi de raconter aussi comment les femmes souffrent, comment les enfants meurent dans les combats, les bombardements, comment les soldats du gouvernement et les milices tuent les gens. Bref, je raconte la vie quotidienne au Darfour. Avant, j'écrivais mon journal de façon manuscrite et le distribuait de la main à la main. Maintenant, j'ai un ordinateur et j'imprime le journal qui passe de main en main. Les arbres me parlent aussi ! En fait, je laisse des carnets dans les arbres pour que les gens puissent écrire et raconter ce qu'ils veulent, raconter ce qui ne va pas, leur peines et leurs souffrances et j'en fais des articles et des histoires. C'est pour cela que je parle aussi de détentions, de viols, de guerre et des peines des femmes.

Justement, quelle est la situation des femmes au Darfour ?

La situation est critique pour les femmes, surtout dans les camps et en dehors. Il y a tout le temps des viols. En plus la loi soudanaise ne fais pas de distinction entre viol et adultère qui est, lui, durement réprimé. Donc quand une femme va voir la police pour dénoncer un viol, c'est elle qui se fait arrêter pour adultère!!! En plus, la police sait très bien la plupart du temps qui est l'auteur de ces viols, et ils ne font rien. Alors moi, je fais des articles pour raconter aussi cela.

Tu as des problèmes avec les autorités à cause de tes articles ?

Oui, souvent, ils me disent « hé ! Arrête d'écrire ». J'ai d'ailleurs été arrêtée quatre fois. Je leur dis que je vais stopper d'écrire, et je rentre rapidement pour raconter tout ça, ma détention, les gens que j'ai vu pendant ce temps...

Quelle est la meilleur façon d'aider les femmes au Darfour aujourd'hui ?

Notre situation s'améliorera quand le gouvernement arrêtera sa politique actuelle, parce que la plupart des femmes considèrent que le gouvernement leur veut du mal. Les ONG ont pour cela leur rôle à jouer pour essayer de stopper les violations. Comme la campagne « l'Afrique pour les droits des femmes », comme l'action du Kharthoum Center for Human Rights and Developpement (KCHRD – point focal de la campagne), et le Amal center qui sont les seules ONG nationales qui travaillent vraiment au niveau local mais qui ont été interdites par le gouvernement. Car si vous voulez aider les femmes aux Darfour, le gouvernement vous prendra pour cible pour cela.

Pourquoi venir à la Commission des droits de l'Homme et des Peuples ?

Pour délivrer mon message.

Lequel ?

Que les gens prennent soin du Darfour et des femmes sur place. Il faut que les choses changent. Ils faut que tout le monde sache que la situation est terrible là-bas et ce que le gouvernement est en train de faire à tous les darfouriens et les darfouriennes. Pour moi, c'est vraiment important et il est de mon devoir de leur apporter de l'information. Je veux changer la vie au Darfour par l'information, sur la Cour pénale internationale bien sur, mais aussi la vie quotidienne. J'ai cet espoir que les choses changent, que le gouvernement et les hommes mauvais puissent « Al Raheel », « changer leurs esprit, bouger, évoluer ».