Guinée-Conakry « Le gouvernement a été mis sous pression et cela a payé ! »
By FIDH on Tuesday 19 May 2009, 15:02 - Permalink
Portrait de la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes (CONAG-DCF) et de sa représentante Mme Binta NABE.
Créée en 2002, à la suite d'un projet de 5 ans sur les femmes, la CONAG-DCF qui est composée de 8 organisations féminines a pour objectif de péréniser les acquis pour les droits des femmes en Guinée-Conakry et travaille sur 3 thématiques en particulier :
- les violences faites aux femmes
- La citoyenneté des femmes et leur participation au pouvoir
- L'égalité entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons
Quelles activités mènent votre organisation ?
- La formation et le déployement de para-juristes pour les former aux droits
et afin qu'ils les vulgarisent. 876 para-juristes ont été formés dans les 7
régions et les 33 préfectures que compte la Guinée. Notre objectif est
maintenant d'être présent dans les 303 sous-préfectures du pays.
- La formation des animateurs et animatrices pour la sensibilisation à la
citoyenneté et aux pièces d'état civil car de nombreuses femmes ne connaissent
pas ces pièces et n'y ont pas accès, ce qui leur pose ensuite de nombreux
problèmes pour participer à la vie politique et sociale du pays. Le processus
est le suivant : au cours d'une campagne de 6 mois par exemple, une équipe
foraine composée d'un officier de police chargé de l'identification judiciaire,
d'un magistrat (le greffier en chef), d'un photographe et d'un agent qui édite
les cartes d'identité parcourt le pays et se rend dans les villages. Ils y
établissent les dossiers d'état civil et de retour dans les préfectures les
émettent. Ensuite, les animateurs et animatrices les récupèrent et les ramènent
dans les villages. De même pour d'autres actes, tels que les actes de
naissances, les inscriptions sur les listes électorales, de mariage,
etc.
Cette année nous avons d'ailleurs fait une campagne spécifique d'observation et de sensibilisation pour l'inscription des femmes sur les listes électorales. Les femmes constituent 53% de la population et participent très peu aux élections. Il s'agit aussi de les faire s'engager au niveau des partis politiques, il ne suffit pas uniquement qu'elles votent, elles doivent aussi être élues. Il n'y a aujourd'hui que 19 femmes sur les 114 députés que compte l'Assemblée nationale! Au niveau de l'administration, seulement 16% des postes de décision au sein de l'administration sont occupés des femmes. C'est pourquoi, nous avons procédé, le 27 août dernier à l'occasion de la fête nationale des femmes, à une sévère interpellation du gouvernement pour la promotion des femmes au sein de l'administration. Un décret de nomination aux postes administratifs était en préparation au niveau du gouvernement, le 27 août le gouvernement a dû revoir sa copie et le soir même, 168 femmes étaient nommées par décret au sein de l'administration! Le gouvernement a été mis sous pression et cela a payé !
Quelles est la situation des droits des femmes en Guinée-Conakry
?
Sur le plan juridique, les textes nationaux protègent les femmes à quelques
dispositions près. Le pays a ratifié la CEDAW prouvant une réelle volonté
politique de protéger les droits des femmes. Nous avons par ailleurs réalisé
tout un travail de révision du Code pénale pour corriger les dispositions
discriminatoires qu'il contenait. Nous sommes aussi allées jusqu'à proposer une
loi sous le gouvernementt Kouyaté pour la parité des femmes et des hommes. Le
document à été examiné en conseil des ministres qui a pris en compte nos
observations. Malheureusement, la prise de pouvoir par les militaires a stoppé
net ce processus. De même pour le protocole additionnel à la Charte africian
sur les droits des femmes qui a été ratifié par l'Assemblée nationale, mais
dont les instruments de ratification n'ont toujours pas été déposés et
demeurent au niveau du Ministère des Affaires étrangères.
Le grand problème en Guinée demeure la juxtaposition des trois droits :
le droit coutumier, religieux et positif. Concernant le dernier qui est le plus
protecteur en ce qu'il a été modifié selon le droit régional et international,
si la justice n'est pas saisie, elle ne peut rien faire. Or, pour des questions
sociales, culturelles ou financières, la justice est peu saisie des cas de
violations à l'égard des femmes. La pression des familles, des maris et de
l'entourage est un des aspects du problème. Même une femme intellectuelle qui
connait ses droits et veut aller déposer plainte subit une très forte pression
et généralement n'engage pas de procédure. Même lorsqu'elle a le courage de
porter plainte, la procédure ne va jamais jusqu'au bout. Les pressions et
l'impunité font que d'une façon ou d'une autre, la plainte est retirée ou ne
suit pas son cours. Par exemple, prenons le cas d'une jeune fille qui a été
violé, et en raison de son âge, elle ne peut pas porter plainte seule. C'est
alors à ses parents de saisir la justice en son nom. Personne ne le
fait.
L'impunité des auteurs de viols et violences à l'égard des femmes a
d'ailleurs depuis quelques années engendré une recrudessence de ces violences.
Nous l'avons démontré dans une étude réalisée entre 2000 et 2008 dans trois
juridictions, au nivau de la police mondaine, du ministère de la femme et de la
médecine légale. Nous avons mis en valeur plusieurs aspects : le très
faible niveau de dénonciation par les femmes des violences subies (8 cas de
viols en 2008 !). Aussi, lors de la grande grève de 2008, les femmes ont été
particulièrement vicitmes de la répression (viols, agressions). Enfin,
l'impunité des auteurs de viols est totale ! Puisque sur la centaine de
cas de viols recencés et suivis, aucune condamnation n'est intervenue contre
les auteurs, même ceux qui ont malgré tout été arrêtés ! Voir même, les
responsables de ces exactions continuent à menacer leurs victimes, et parfois
depuis la prison. Actuellement il y a un seul cas d'un homme détenu pour le
viol et le meurtre d'une de ses filles. Il menace depuis la prison sa femme et
son autre fille qu'il va les tuer dès qu'il sortira!
C'est pourquoi nous voulons ouvrir une clinique juridique pour aider les femmes et surtout déposer une proposition de loi permettant aux organisations de défense des droits des femmes et de défense des droits humains de déposer plainte au nom des victimes et de se porter partie civile. Car même si la femme se désiste (cf. pression des familles), les organisations pourraient alors aller jusqu'au bout de la procédure et faire condamner les auteurs de crimes contre les femmes et faire ainsi reculer l'impunité.
Qu'attendez-vous de la Campagne ?
Cette campagne permet de faire la promotion des actions de plaidoyer pour permettre aux femmes d'oser dénoncer les violations qu'elles subissent. Cela n'est possible que si, nous, organisations de la société civile nous nous mettons ensemble pour dégager des synergies d'actions, d'entraide et des échanges. Cette campagne est un formidable outil pour renforcer nos capacités d'action et découvrir les réalités de tous les pays.






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