Portrait de la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes (CONAG-DCF) et de sa représentante Mme Binta NABE.

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Créée en 2002, à la suite d'un projet de 5 ans sur les femmes, la CONAG-DCF qui est composée de 8 organisations féminines a pour objectif de péréniser les acquis pour les droits des femmes en Guinée-Conakry et travaille sur 3 thématiques en particulier :

  • les violences faites aux femmes
  • La citoyenneté des femmes et leur participation au pouvoir
  • L'égalité entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons

Quelles activités mènent votre organisation ?

- La formation et le déployement de para-juristes pour les former aux droits et afin qu'ils les vulgarisent. 876 para-juristes ont été formés dans les 7 régions et les 33 préfectures que compte la Guinée. Notre objectif est maintenant d'être présent dans les 303 sous-préfectures du pays.

- La formation des animateurs et animatrices pour la sensibilisation à la citoyenneté et aux pièces d'état civil car de nombreuses femmes ne connaissent pas ces pièces et n'y ont pas accès, ce qui leur pose ensuite de nombreux problèmes pour participer à la vie politique et sociale du pays. Le processus est le suivant : au cours d'une campagne de 6 mois par exemple, une équipe foraine composée d'un officier de police chargé de l'identification judiciaire, d'un magistrat (le greffier en chef), d'un photographe et d'un agent qui édite les cartes d'identité parcourt le pays et se rend dans les villages. Ils y établissent les dossiers d'état civil et de retour dans les préfectures les émettent. Ensuite, les animateurs et animatrices les récupèrent et les ramènent dans les villages. De même pour d'autres actes, tels que les actes de naissances, les inscriptions sur les listes électorales, de mariage, etc.

Cette année nous avons d'ailleurs fait une campagne spécifique d'observation et de sensibilisation pour l'inscription des femmes sur les listes électorales. Les femmes constituent 53% de la population et participent très peu aux élections. Il s'agit aussi de les faire s'engager au niveau des partis politiques, il ne suffit pas uniquement qu'elles votent, elles doivent aussi être élues. Il n'y a aujourd'hui que 19 femmes sur les 114 députés que compte l'Assemblée nationale! Au niveau de l'administration, seulement 16% des postes de décision au sein de l'administration sont occupés des femmes. C'est pourquoi, nous avons procédé, le 27 août dernier à l'occasion de la fête nationale des femmes, à une sévère interpellation du gouvernement pour la promotion des femmes au sein de l'administration. Un décret de nomination aux postes administratifs était en préparation au niveau du gouvernement, le 27 août le gouvernement a dû revoir sa copie et le soir même, 168 femmes étaient nommées par décret au sein de l'administration! Le gouvernement a été mis sous pression et cela a payé !

Quelles est la situation des droits des femmes en Guinée-Conakry ?

Sur le plan juridique, les textes nationaux protègent les femmes à quelques dispositions près. Le pays a ratifié la CEDAW prouvant une réelle volonté politique de protéger les droits des femmes. Nous avons par ailleurs réalisé tout un travail de révision du Code pénale pour corriger les dispositions discriminatoires qu'il contenait. Nous sommes aussi allées jusqu'à proposer une loi sous le gouvernementt Kouyaté pour la parité des femmes et des hommes. Le document à été examiné en conseil des ministres qui a pris en compte nos observations. Malheureusement, la prise de pouvoir par les militaires a stoppé net ce processus. De même pour le protocole additionnel à la Charte africian sur les droits des femmes qui a été ratifié par l'Assemblée nationale, mais dont les instruments de ratification n'ont toujours pas été déposés et demeurent au niveau du Ministère des Affaires étrangères.

Le grand problème en Guinée demeure la juxtaposition des trois droits : le droit coutumier, religieux et positif. Concernant le dernier qui est le plus protecteur en ce qu'il a été modifié selon le droit régional et international, si la justice n'est pas saisie, elle ne peut rien faire. Or, pour des questions sociales, culturelles ou financières, la justice est peu saisie des cas de violations à l'égard des femmes. La pression des familles, des maris et de l'entourage est un des aspects du problème. Même une femme intellectuelle qui connait ses droits et veut aller déposer plainte subit une très forte pression et généralement n'engage pas de procédure. Même lorsqu'elle a le courage de porter plainte, la procédure ne va jamais jusqu'au bout. Les pressions et l'impunité font que d'une façon ou d'une autre, la plainte est retirée ou ne suit pas son cours. Par exemple, prenons le cas d'une jeune fille qui a été violé, et en raison de son âge, elle ne peut pas porter plainte seule. C'est alors à ses parents de saisir la justice en son nom. Personne ne le fait.

L'impunité des auteurs de viols et violences à l'égard des femmes a d'ailleurs depuis quelques années engendré une recrudessence de ces violences. Nous l'avons démontré dans une étude réalisée entre 2000 et 2008 dans trois juridictions, au nivau de la police mondaine, du ministère de la femme et de la médecine légale. Nous avons mis en valeur plusieurs aspects : le très faible niveau de dénonciation par les femmes des violences subies (8 cas de viols en 2008 !). Aussi, lors de la grande grève de 2008, les femmes ont été particulièrement vicitmes de la répression (viols, agressions). Enfin, l'impunité des auteurs de viols est totale ! Puisque sur la centaine de cas de viols recencés et suivis, aucune condamnation n'est intervenue contre les auteurs, même ceux qui ont malgré tout été arrêtés ! Voir même, les responsables de ces exactions continuent à menacer leurs victimes, et parfois depuis la prison. Actuellement il y a un seul cas d'un homme détenu pour le viol et le meurtre d'une de ses filles. Il menace depuis la prison sa femme et son autre fille qu'il va les tuer dès qu'il sortira!

C'est pourquoi nous voulons ouvrir une clinique juridique pour aider les femmes et surtout déposer une proposition de loi permettant aux organisations de défense des droits des femmes et de défense des droits humains de déposer plainte au nom des victimes et de se porter partie civile. Car même si la femme se désiste (cf. pression des familles), les organisations pourraient alors aller jusqu'au bout de la procédure et faire condamner les auteurs de crimes contre les femmes et faire ainsi reculer l'impunité.

Qu'attendez-vous de la Campagne ?

Cette campagne permet de faire la promotion des actions de plaidoyer pour permettre aux femmes d'oser dénoncer les violations qu'elles subissent. Cela n'est possible que si, nous, organisations de la société civile nous nous mettons ensemble pour dégager des synergies d'actions, d'entraide et des échanges. Cette campagne est un formidable outil pour renforcer nos capacités d'action et découvrir les réalités de tous les pays.