Grace Lula, Ligue des Electeurs, une organisation de défense des droits de l'homme en République Démocratique du Congo (RDC), fait part de son expérience dans un pays où la lutte pour le respect des droits des femmes est souvent difficile, surtout lorsqu'on est une femme...

Grace_Lula.jpg

La Ligue des Electeurs est une des organisations chargées de relayer la campagne (points focaux) en RDC, aux côtés de l'ASADHO et du Groupe Lotus.

Qu'est ce que d'être une femme défenseure en RDC ? Quelles ont été les expériences les plus marquantes dans votre combat pour les droits des femmes ?

Pendant la période de transition présidentielle en RDC, avant que Mobutu quitte le pouvoir, losque je travaillais à la Direction femme de la Ligue des Electeurs (LE), j'ai été enlevée par des hommes de la Direction Spéciale Présidentielle (DSP). J'avais été repérée par la DSP lors d'une conférence que j'animais dans le cadre d'une étude universitaire avec la jeunesse de Kinshasa qui avait mobilisé beaucoup d'étudiants. J'étais seule au bureau tôt le matin lorsque j'ai reçu la visite d'hommes en uniforme qui m'ont emmenée dans une voiture suivie d'un minibus rempli de militaires. Ils m'ont conduite jusqu'à un domicile privé appartenant à la famille de Mobutu où ils m'ont sequestrée pendant 8h. L'opération était elle-même conduite par un neveu de Mobutu. Ils m'ont torturée, volée et fait subir un interrogatoire. Ils m'ont dit qu'ils voulaient faire de moi « leur femme pour une nuit » et ils m'ont menacée de me tuer en me plaquant un revolver sur la tempe. Ils voulaient que je signe un document selon lequel le matériel utilisé par la Ligue des Electeurs avait été offert par Mobutu et ils exigeaient que nous leur rendions parce que notre organisation n'avait pas suivit les injonctions du Président. Je n'ai jamais voulu signer ce document mensonger. Notre matériel nous a été offert par les Etats Unis et non par le gouvernement congolais. Ils m'ont tabassée mais je n'ai pas cédé. Je saignais, j'avais mal partout. Lorsqu'ils ont compris qu'ils n'arriveraient à rien avec moi, et qu'ils se sont aperçus que la presse avait été informée, ils m'ont conduite sous escorte jusqu'au domicile de du président de la LE, où ils m'ont relâchée.

Pourquoi vous êtes vous engagée dans la campagne « l'Afrique pour les droits des femmes »?

Quand vous avez subi un tel choc, vous devenez encore plus efficace, plus mobilisée pour lutter pour les droits des femmes. Après cet épisode, j'avais l'impression qu'on m'avait injecté une force supplémentaire pour lutter. Je me suis alors mise au four et au moulin pour parler de la cause des femmes. Je viens d'effectuer une mission de deux semaines pour le mois de la femme, et je me suis lancée à bras le corps das cette campagne avec mes collègues de l'ASADHO et du Groupe Lotus.

Quelles sont d'après vous les luttes prioritaires à mener en RDC pour les droits des femmes?

L'une des luttes prioritaires en RDC est la lutte contre les violences sexuelles que nous subissons depuis que la guerre a embrasé le pays. La guerre est terminée mais elle continue sur le corps des femmes, qui est devenu un champ de bataille. Les violences sexuelles sont devenues comme une culture, même dans les régions qui n'ont pas connu de guerre. Nous devons lutter pour le droit à l'intégrité physique de la femme, pour leur droit à être traitées comme des êtres humains. Nous voulons que la loi sur les violences sexuelles qui a été adoptée en 2006 soit appliquée et que toutes les autorités, à tous les niveaux s'impliquent pour qu'elle soit respectée.

Si vous aviez l'occasion de rencontrer Joseph Kabila, le Président de votre pays, quelles seraient vos revendications principales en tant que présidente de la Ligue des Electeurs et en tant que femme citoyenne de RDC ?

Je vais rencontrer le Président Kabila la semaine prochaine et je compte lui parler de la campagne « l'Afrique pour les droits des femmes »!

Si vous pouviez changer une seule chose (une loi, une politique, une pratique...) pour les femmes dans votre pays, laquelle serait elle ?

Nous effectuons beaucoup d'actions de lobbying et plaidoyer pour changer la législation relative aux droits des femmes en RDC, mais si il fallait choisir une loi, ce serait le Code de la famille parce que nous travaillons sur ce dossier depuis maintenant 5 ans, et rien ne se passe au niveau du législateur. Ce code est très discriminatoire pour les femmes: elles sont considérées comme des mineures au même titre que leurs enfants, elles ont besoin de l'autorisation de leur mari pour chercher du travail, et à chaque fois qu'il s'agit de leur autodétermination. C'est un poids très lourd pour beaucoup de femmes. L'homme congolais ne veut pas laisser de liberté à la femme, par orgueil ou complexe d'inferiorité, je ne sais pas. Nous menons également un combat depuis les dernières élections pour changer la loi éléctorale qui est discriminatoire, pour que le système électoral permettre la victoire des femmes. En RDC, on parle beaucoup de « gender », la parité est institutionnalisée, mais dans la pratique il ne se passe rien.